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Regard sur la présence des femmes amérindiennes dans le cinéma mexicain

At’ Anii’ (Ton amant). Une oeuvre cinématographique entièrement jouée en langue indigène teneek. Photo partagée sur le compte Instagram du film.

La femme mexicaine – ou plus précisément, la femme mexicaine d'origine amérindienne – s'empare peu à peu du rôle majeur qui lui correspond dans le cinéma de son pays et qui transcende les frontières. Nous prendrons trois exemples caractéristiques.

Mais tout d'abord, que pouvons-nous dire des mexicains et de leur rayonnement sur le cinéma international de ces dernières années ? Beaucoup de choses ! D'autant que — sur un plan strictement commercial— les oeuvres des mexicains leur ont valu une renommée croissante au cours de la dernière décennie. On peut évoquer les scénaristes et réalisateurs Alfonso Cuarón [fr] [es] (Gravity, 2013; Roma, 2018), Alejandro González Iñárritu [fr] [es] (Birdman, 2014; The Revenant, 2015) et Guillermo del Toro [fr] [es] (La forme de l'eau, 2017), dont les oeuvres ont été récompensées à Hollywood, en Europe et partout où elles ont été présentées. Le directeur de la photographie, Emmanuel Lubezki [fr], nominé et récompensé pour presque toutes les oeuvres auxquelles il a participé depuis 2005, mérite une mention spéciale. 

Un tournant important pour le cinéma mexicain

Dans ce contexte tout en réussite de ces mexicains du “septième art”, on a peu parlé de la participation des femmes… jusqu'à présent. Carmen Martínez a joué le rôle principal du film At’ Anni’ (2019), premier film entièrement tourné en teenek, une langue autochtone (également connue sous le nom de huaxtèque [fr], employée dans quelques sites isolés de San Luis Potosí, Veracruz et Tamaulipas, à l'est du Mexique).

Carmen Martínez a été choisie pour le rôle bien qu'elle exerce une toute autre profession : elle est avocate. Le site Wipy la décrit ainsi :

¿Quién es Carmen? Una abogada y madre originaria de la comunidad de Huehuetlán, ubicada en la Huasteca Potosina. Su lengua materna es el Tének y aprendió el español conforme fue creciendo.

Carmen acudió al casting cuando tenía 22 años. El director de la película, Antonino [Isordia], en una declaración para la revista Vogue mencionó que, la cultura Tének es muy sensual y que cuando la vieron llegar para audicionar pensaron que era perfecta para el papel.

Qui est Carmen ? Une avocate et mère de famille originaire de la communauté de  Huehuetlán, située dans la Huasteca de Potosi [fr]. Sa langue maternelle est le tének et elle a appris l'espagnol en grandissant. Carmen avait 22 ans quand elle s'est présentée au casting. Le réalisateur du film, Antonino [Isordia], a déclaré lors d'un entretien pour le magazine Vogue, que la culture tének est très sensuelle, et qu'en voyant arriver Carmen sur le plateau pour son audition, ils ont pensé qu'elle était parfaite pour le rôle.

Bien que At’ Anni’ (L'amant ou ton amant en français) ne soit pas encore sorti dans les salles commerciales, il s'est produit dans des festivals (comme le Festival international du film de Guadalajara [fr]) et attire déjà l'attention du public international. En effet, l'édition régionale magazine Vogue a publié en juin 2019 un entretien et des photos de Carmen Martínez.

Souvenir de notre projection à San Antonio. Nous sommes très reconnaissants à la Présidence Municipale représentée par M. Edyuenary Gregorio Castillo Hernandez, et à tous ses collaborateurs qui nous ont soutenus pour que la projection d'AtAnii soit un succès complet, à bientôt à San Antonio !

Au delà du jeu

Arcángel (l'archange)(2018) est un court-métrage réalisé par une femme, Ángeles Cruz, originaire de la Mixteca [fr], qui se situe au sud est de Mexico. Voilà comment le site Sopitas présente Ángeles (qui est aussi actrice) :

Ángeles Cruz lleva años dentro de la industria del teatro, televisión y cine en México. Estudió la licenciatura en actuación en la Escuela de Arte Teatral del Instituto Nacional de Bellas Artes. En 1994, fue nominada por la Academia Sueca como mejor actriz en 2014 y recibió en 2013 la Diosa de Plata y un Ariel por su primer trabajo como directora.

Ángeles Cruz travaille depuis des années dans l'industrie du théâtre, de la télévision et du cinéma au Mexique. En 1994, elle obtient une licence d'art dramatique à l'École d'art de l'Institut national des Beaux-Arts. En 2014, elle est nominée meilleure actrice par l'Académie suédoise et en 2013, elle reçoit le prix Diosa de Plata (Déesse d'argent, un prix décerné par les critiques de cinémamexicain) et un Ariel [fr] pour son premier film comme réalisatrice.

A propos de la notoriété méritée du court-métrage de Ángeles Cruz, voici ce qu'en dit le site Proceso :

Arcángel ya cuenta con el Coral del Festival de La Habana, Cuba; Mejor Película Narrativa Corta en Cinequest Film & Creativity Festival, San José, California; Prix Revelation en el Festival de Cine Latinoamericano de Toulouse, Francia; Mejor Cortometraje en el Ismailia Film Festival, Egipto, y Mejor Cortometraje de Ficción, con Patrocinia Aparicio y Noé Hernández como Mejor Actriz y Actor, en Enfoque Film Fest de Puerto Rico. Además, alcanzó la presea a Mejor Cortometraje Mexicano en el Festival Internacional de Cine de Hermosillo, Sonora.

Arcángel a déjà obtenu un “Corail” au Festival de La Havane [fr] à Cuba, le prix du meilleur court métrage de fiction au Cinequest Film & Creativity Festival de San José en Californie, le prix Révélation au Cinélatino, Festival de cinéma d'Amérique latine de Toulouse en France; il a reçu le prix du Meilleur court-métrage au Festival international du film d'Ismailia en Egypte, et du meilleur court métrage de fiction, avec Patrocinia Aparicio, meilleure actrice  et Noé Hernández, meilleur acteur, au Festival international  du film à Puerto Rico. De plus, il a remporté le prix du meilleur court métrage mexicain au Festival international du film à Hermosillo, Sonora.

Cette oeuvre, réalisée avec talent par Ángeles Cruz, aborde le thème de la vulnérabilité dans laquelle se retrouvent les personnes touchées par la sénescence, comme le rapporte le journal local El Imparcial.

Grâce au @fichermosillo tout mon amour et mes remerciements éternels à @noehernandez7519 et à toute l'équipe du tournage qui, avec son talent, son professionnalisme et son dévouement a rendu la chose possible. @lola_ovando @carbscorrea@yaaviko @feliphotograf @filomarino@llogurt @acelo_ruiz @alendrey@tatismaganda @_cascas@jennymendozagarcia @imcine#myriambravo @pablo_marquez79@kokoxuxp César Palafox, Chili et beaucoup d'autres. Merci 🙏🏾

Un succès qui pose problème

Certains médias sous-entendent que l'attention s'est beaucoup portée sur d'autres représentantes du cinéma mexicain, et particulièrement sur Yalitza Aparicio [fr]. Ne serait-ce pas plutôt l'attention accordée à Yalitza qui a servi à en apprendre davantage sur les femmes amérindiennes qui font du cinéma ? Ce sera aux critiques et aux analystes d'en décider. 

Le fait est que, depuis que le film Roma [fr] (2018), primé à de nombreuses reprises, est sorti sur Netflix, la performance de Yalitza Aparicio, elle aussi originaire de Oaxaca [fr], a fait couler beaucoup d'encre et a été abondamment commentée. On a critiqué les retouches numériques de ses photos (qui selon certains, lui donnent un teint plus clair), ainsi que la pertinence de ses apparitions dans des événements glamours comme les aime le cinéma, “tapis rouges” et cérémonies de remises de prix. 

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Toute cette agitation colle parfaitement avec la thématique du film qui traite de la discrimination fondée sur la classe sociale et le rôle des employées de maison dans la société mexicaine, entre autres.

Concernant les reproches, on peut lire sur SDPNoticias :

Desafortunadamente para la actriz, las fuertes críticas peyorativas en redes sociales no han cesado desde que la película del director mexicano empezó a acaparar los reflectores de los principales festivales de cine en el mundo. Ahí está el caso del actor Sergio Goyri, quien hace unos días fue grabado en video refiriéndose a la actriz como “pinche india” por su actuación en la película. ¿Envidia?

Malheureusement pour l'actrice, les critiques péjoratives formulées sur les réseaux sociaux se sont multipliées depuis que le film du réalisateur mexicain a monopolisé les projecteurs des principaux festivals du film à travers le monde. C'est le cas de l'acteur Sergio Goyri, qui a été filmé il y a quelques jours, en parlant de l'actrice comme d'une “putain d'indienne” pour sa prestation dans le film. De la jalousie ?

Les réactions que provoque le succès de ces femmes dans le cinéma vu au-delà de nos frontières sont variées et complexes. Pourquoi est-ce qu'elles sont reconnues maintenant et pas avant ? Pourquoi ne parle-t-on que de celles qui accèdent au niveau international et pas de celles qui travaillent tous les jours au sein de leurs communautés . Etc.. Ce qui est sûr, c'est que nous avons ici trois exemples de femmes d'origine amérindienne qui ont travaillé pour réussir dans un milieu où beaucoup échouent, de sorte que leurs histoires, et leurs efforts, ne passent pas inaperçu chez Global Voices. 

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