Ouganda : une panne sur les réseaux sociaux persiste, des semaines après les élections

Affiche de la NUP (Plateforme de l'unité nationale), parti de Bobi Wine, le montrant aux côtés de l'une de ses coéquipières, Nakiridde Solome.

L'affiche électorale du candidat d'opposition Bobi Wine dans les rues de Kampala, en Ouganda. Photo de James Propa, utilisée avec permission.

L’article original a été publié le 30 janvier 2021. Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

L'Ouganda a été victime d'une coupure générale d'Internet dans l'après midi du 13 janvier 2021, la veille de ses élections présidentielles

Le président sortant de 76 ans, Yoweri Museveni, devenu président en 1986 suite à une guérilla et qui depuis dirige le pays, s'est à nouveau présenté aux élections.

Le plus grand opposant de Museveni était Robert Kyagulanyi, 38 ans, plus connu sous son nom de scène Bobi Wine, un musicien devenu politicien. En 2017, B. Wine est devenu membre du Parlement pour représenter la circonscription de Kyadondo Est.

Dans un discours pré-électoral, le président a annoncé la suspension illimitée de Facebook en Ouganda, déclarant que, en interdisant des comptes appartenant aux supporters du parti au pouvoir, Facebook se rangeait du côté de l'opposition.

Le 12 janvier 2021, l'opérateur de télécommunications MTN a publié un communiqué déclarant qu'ils avaient reçu une directive de la Commission des communications de l'Ouganda (UCC) leur intimant de couper Internet :

MTN Uganda informs its esteemed customers and other stakeholders that National Telecommunication Operators in the country, have received a directive from Uganda Communications Commission (UCC) to immediately suspend access and use, direct or otherwise of all social media platforms and online messaging applications over the network until further notice.
MTN Uganda has, in compliance with its National Telecommunications Operator License and in accordance with MTN’s group-wide Digital Human Rights due diligence framework implemented the directive.

MTN Ouganda informe ses chers clients et autres parties prenantes que les opérateurs nationaux de télécommunications du pays ont reçu une directive de la Commission des communications de l'Ouganda (UCC) relative à la suspension immédiate, jusqu'à nouvel ordre, de l'accès et de l'utilisation directe ou indirecte de toutes les plateformes de réseaux sociaux et des applications de messagerie en ligne via le réseau.

MTN Ouganda a, conformément à sa licence d'opérateur national des télécommunications et dans le respect des droits humains numériques du groupe MTN, diligemment appliqué la directive.

Dans la matinée du lundi 18 janvier 2021, Internet a été partiellement rétabli. Cependant, les plateformes sociales restent coupées, sans aucune information sur la date de leur rétablissement.

Selon l'outil de calcul de l'impact économique de la censure Internet de Netblocks, la coupure a entraîné une perte de 8,9 millions de dollars américains pour le pays sur les cinq jours de coupure totale.

Mutegeki Cliff, vice-président de la section Ouganda d'Internet Society, a également twitté à propos du coût de la panne numérique dans le pays :

Cette récente coupure d'Internet a généré pour notre pays une perte de 8,937,735 dollars américains. Cet argent aurait pu servir à construire des infrastructures.

[Contenu du tweet qui se trouve en dessous]

Et voici Internet brutalement coupé depuis plus de 100 heures. Dieu seul sait ce qui nous attend.

Les Ougandais dépendent désormais de l'utilisation des applications VPN. Mais certains VPN ont été désactivés par le gouvernement, qui a également menacé d'arrêter tout Ougandais qui utiliserait ces réseaux.

Plusieurs Ougandais ont rapporté un fort ralentissement du débit Internet, affectant plusieurs domaines des affaires dont le secteur bancaire.

Cela fait neuf (9) jours que le gouvernement ougandais bloque les réseaux sociaux. Le débit Internet est si lent qu'il est quasiment impossible d'effectuer des opérations bancaires, de télécharger des vidéos, et de connecter des ordinateurs à des téléphones. Il est impossible d'avoir accès à Google Drive et Google Docs sans VPN.

Paradoxalement, certaines organisations gouvernementales comme la police nationale ougandaise utilisent toujours les réseaux sociaux pour communiquer avec les citoyens, dont l'accès aux plateformes des réseaux sociaux est officiellement bloqué.

Le 26 janvier, la police ougandaise a twitté un communiqué à propos d'une affaire de meurtre :

@Patrickonyango1 « La police d'Entebbe est en train d'enquêter sur une affaire de meurtre par balle d'un Kyeyune Erica, chaufeur de boda boda, abattu par une personne qui n'a pas encore été identifiée. »

Les réseaux sociaux en Ouganda sont l'épine dorsale de la communication entre amis et la famille, et connaissent un essor pour le marketing digital des jeunes qui dirigent de petites entreprises telles que celles des secteurs de l'alimentation, des boissons, de la mode et de la musique.

Ces petites entreprises dépendent énormément des réseaux sociaux parce qu'elles n'ont pas accès aux médias traditionnels à cause des frais de publicité élevés.

L'opposition rejette les résultats électoraux

Panneau d'affichage avec une photo de Museveni pour sa campagne électorale

Le panneau d'affichage de la campagne électorale du président actuel Museveni à Kampala, Ouganda. Photo de James Propa, utilisée avec sa permission.

Les résultats électoraux ont été entièrement comptabilisés et annoncés dans l'après-midi du samedi 16 janvier, le président Museveni l’emportant avec 58,4 % des voix, suivi de Bobi Wine avec 35 % des voix sur les 10,7 millions de votes exprimés.

La coupure d'Internet a grandement affecté les efforts de campagne de Bobi Wine qui venait tout juste de créer son parti politique Plateforme de l'unité nationale [fr], quelques mois avant les élections, et avec très peu de structures locales en place pour assurer ses votes. B. Wine a lancé l’application Uvote qui devait être utilisée par les citoyens du net pour documenter toute fraude électorale en uploadant copies de résultats, photos et vidéos associées.

Bobi Wine a été assigné à résidence et surveillé par l'armée et la police jusqu'à la nuit du 25 janvier, après qu'une ordonnance du tribunal leur demande de quitter son domicile.

Plusieurs membres du parti, comme le musicien Nubian Li, sont toujours en prison et risquent la cour martiale sur allégation de possession d'équipement militaire.

Ci-dessous, une vidéo de la chanson politique intitulée Uganda Zukuka, ce qui signifie « Ouganda réveille-toi », de Bobi Wine et Nubian Li :

Dans un communiqué, Bobi Wine a prétendu que les élections étaient « marquées par de graves irrégularités, dont des violences à l'initiative de l'État » :

Unfortunately, Museveni yet again committed a coup against the Constitution and the people of Uganda… Like most National and International bodies have noted, this election was marred with massive irregularities including state inspired violence, intimidation and harassment of my supporters, myself and other opposition candidates, ballot stuffing with pre-ticked ballot papers in favour of Museveni, alteration of Declaration of Results Forms, Confiscation of Declaration Forms from our agents by Security Personnel, flawed tallying processes, etc. In many districts across the country our agents were picked from polling stations and detained. To date, many of them are still missing.

Malheureusement, Museveni a encore une fois bafoué la Constitution et le peuple ougandais… Comme l'ont remarqué la plupart des organismes nationaux et internationaux, ces élections étaient marquées par de graves irrégularités dont des violences à l'initiative de l'État, intimidation et harcèlement de mes supporters, de moi-même et d'autres candidats de l'opposition, bourrage des urnes avec des votes pré-remplis en faveur de Museveni, falsification des formulaires de déclaration des résultats, confiscation des formulaires de nos agents par le personnel de sécurité, processus de comptage défectueux, etc. Dans de nombreux quartiers à travers le pays, nos agents ont été arrêtés dans leurs bureaux de votes et détenus. À ce jour, beaucoup d'entre eux manquent encore à l'appel.

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