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La Colombie cherche sa voie après le “Non” au référendum sur l'accord de paix

Imagen compartida por Elmer Montaña en su cuenta de Facebook y compartida con su aprobación.

Marche pour la paix à Bogotá. Photo publiée par Elmer Montaña sur son compte Facebook et reproduite avec son autorisation.

[Billet d'origine publié en espagnol le 22 octobre 2016] Lorsqu'on a su que les résultats du référendum du 2 octobre qui devait ratifier l'accord de paix entre le gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) étaient en faveur du “Non”, le pays se trouva plongé dans une incertitude inattendue car aucun côté n'était préparé à ce dénouement, que beaucoup ont appelé le Brexit colombien.

L'éditorialiste Luis Fernando Álvarez a rapproché les deux événements dans le journal “El Colombiano”:

El Gobierno Británico lo convocó convencido que podía obtener un gran apoyo popular para legitimar su permanencia en la Comunidad Europea; sin embargo, cuando se dieron a conocer los resultados, los más sorprendidos fueron quienes votaron por la salida de la Unión (Brexit). Ningún sector tenía un plan B para enfrentar dicho resultado, cuyo principal efecto político fue la renuncia del Primer Ministro.

En Colombia la situación parece similar, con la salvedad de que no es prudente ni conveniente solicitar la renuncia del Presidente.

Le gouvernement britannique l'avait convoqué convaincu qu'il pourrait obtenir un large appui populaire pour légitimer son maintien dans la communauté européenne ; pourtant, lorsque les résultats se sont fait jour, les plus surpris furent ceux qui avaient voté pour la sortie de l'Union (le Brexit). Aucun côté n'avait de plan B pour faire face à un tel résultat, dont l'effet politique principal fut la démission du Premier Ministre.
En Colombie la situation paraît similaire, sauf qu’il n'est ni prudent ni souhaitable de demander la démission du Président.

Le résultat a surpris, car les sondages donnaient le “Oui” victorieux ; pas plus qu'on ne s'attendait au niveau des abstentions, le plus élevé de l'histoire de la Colombie : 37,43 % seulement des inscrits ont voté. En outre, l'écart minime de 53.894 voix a réaffirmé la polarisation qui caractérise historiquement la société colombienne et qui s'est intensifiée depuis le début des processus de paix avec les FARC.

Avec le “Non” qui s'est ensuivi et l'échec de la feuille de route des deux camps, de nombreux questionnements ont été générés dans la population : La paix est-elle possible ? La confiance était-elle excessive ? Est-ce la vague de désinformation qui a gagné ? Quel a été le poids des groupes chrétiens et des Eglises évangéliques ? L'idéologie du genre a-t-elle eu un rôle ? La volonté de paix de la guérilla se vérifiera-t-elle ? Santos a-t-il été sanctionné pour ses échecs dans d'autres domaines ? Etait-il nécessaire d'exposer les Colombiens à un référendum ? Le passage de l'ouragan Mathew a-t-il eu un impact sur le vote de la région caraïbe colombienne ? Est-ce la haine des FARC qui l'a emporté ? Ou la peur d'un “Castro-Chavisme” infondé ? Faut-il une nouvelle constitution ?… Et que va-t-il se passer maintenant ?

Le pays reprend ses esprits

L'Accord final avec les FARC pour la fin du conflit et l'instauration d'une paix stable et durable signé le 26 septembre à Carthagène garde sa validité malgré le résultat du référendum. S'il traduisait une obligation politique pour le président colombien, M. Santos a décidé de son propre chef de le convoquer sans y être obligé, confiant dans la démocracie.

Malgré le résultat inattendu, toutes les parties intéressées se sont prononcées en faveur de la continuation du processus de paix : le gouvernement, les partisans du “Non” et les FARC. Ce qui a facilité la rencontre entre le président Santos et les opposants, qui une semaine après le référendum ont commencé à travailler à des propositions pour un projet ultérieur d'accord. Ceux qui avaient voté “Non” ont souligné qu'ils n'avaient pas refusé la paix, mais cherché un “meilleur” accord.

Quant à l'autre guérilla insurgée de gauche, l'Ejercito de Liberación Nacional (ELN), le gouvernement a annoncé des pourparlers publics pour le 27 octobre en Equateur. L'ELN qui compte approximativement 1.300 militants, est né en 1964 à San Vicente de Chucurí, dans le département de Santander (Nord de la Colombie), d'intellectuels marxistes partisans de la révolution cubaine, et mêle les idées révolutionnaires à celles de la théologie de la libération.

Pour ce qui est du cessez-le-feu, le président en a annoncé la prolongation jusqu'au 31 décembre de cette année et affirmé qu'il était renouvelable.

S'ajoutant à cela, un nouvel ingrédient a fait briller l'espoir d'un nouvel accord : le prix Nobel de la Paix décerné à Santos, qui en se l'entendant annoncer a réaffirmé qu'il continuerait à travailler pour l'obtenir. Il annonça même sur Twitter qu'il ferait don de l'argent du prix en faveur des victimes de la guerre.

Le Nobel de la Paix est aux Colombiens, surtout à ceux qui ont souffert de la guerre. Ma famille et moi avons décidé de donner l'argent aux victimes

Le tweet de l'écrivain Héctor Abad Facio Lince, en réponse à celui publié par le président, a résumé le sentiment d'une partie de la population sur l'utilité du prix pour le processus :

Dans le jeu d'échecs aussi il y a des coups brillants qui changent toute la situation sur l'échiquier quand la situation paraissait perdue. Merci la Norvège !

Néanmoins, scepticisme et contrariété ont aussi accueilli le timing de la récompense :

Je ne comprends pas ??? Juan Manuel Santos prix nobel de la paix que la majorité du peuple colombien a refusée démocratiquement dans les urnes

Bonjour pays sans la paix mais avec le Nobel, avec des accords sans approbation, et avec une opposition mais sans arguments et/ou honnêteté.

Pour sa part, l'opposition menée par l'ex-président et sénateur Álvaro Uribe Vélez joint aux autres membres de son parti politique, le Centre Démocratique, est mise sur la sellette à travers une plainte pour délit de fraude électorale s'appuyant sur sa campagne alléguée de discrédit contre l'accord de paix, à partir des malencontreuses déclarations de son directeur Juan Carlos Vélez Uribe dans un entretien avec le journal “La República”.

Mouvements sociaux après le “Non”

Les populations qui ont vécu au plus près de la guerre, comme celles des départaments de Cauca, Chocó, Putumayo et Vaupes, entre autres, ont voté majoritairement “Oui” au référendum, donnant une leçon de pardon et de réconciliation au reste des Colombiens. Beaucoup saisirent l'occasion de montrer leur solidarité et indignation après l'annonce des résultats :

Qui va aller dans les régions qui ont voté Oui, leur expliquer quelle est la route à suivre après la victoire du Non au scrutin national ?

Cette indignation a précisément été une des motivations des jeunes, étudiants, peuples premiers et divers secteurs de la société civile, pour descendre dans les rues, défiler et crier des slogans variés reflétant la volonté des citoyens colombiens que cesse la guerre. Les marches sont devenues une constante de diverses régions.

“Pas de pas en arrière, nous voulons la paix !” a été la clameur de milliers de Colombiens qui sous le hashtag #PazALaCalle (Paix dans la rue), improvisèrent le 3 octobre, au lendemain du référendum, une manifestation dans plusieurs villes du pays pour défendre la paix, ou selon leurs termes, le pays qu'ils méritent. Voici le témoignage vidéo de l'utilisateur de Youtube jacastillo9101 :

Cette autre vidéo, de Ricardo Galán, montre une marche à Bogotá le 12 octobre. La foule crie son principal slogan : “L'accord maintenant !”

Malgré les antécédents de haine et d'insultes déversées sur les réseaux sociaux et la prolifération encore des affrontements verbaux, même avec moins d'intensité, entre “Ceux du Non” et Ceux du Oui”, à présent il y a de tous côtés des gens qui souhaitent la paix, sous les hashtags  et (Paix sur le web). Voici une des propositions de Mauricio Jaramillo :

Je viens de plonger la tête la première dans #PaixSurLeWeb. Ce qui ne veut pas dire s'abstenir de critiquer ou de défendre des idées. La paix n'est pas l'absence de différence ni de débat. S'unir ?

Il y a eu des journées intenses, mais on a vu les jeunes s'approprier leur avenir et celui des nouvelles générations. Ils continuent à sortir dans la rue et appeler à rejoindre les manifestations, désormais sous un nouveau hashtag #EnLasCallesLaPazRenace (Dans les rues la paix renaît) :

Demain mardi 14 octobre à 19h ! Toute la ville est cordialement invitée à l'Assemblée de #PaixDans laRue ! Faire passer!

Ils réclament du gouvernement et de l'ex-président Uribe qu'ils unissent leurs efforts pour arriver à l'accord qui permettra de terminer un processus en gestation depuis 2012.

Quelle suite ?

Le paysage qui se dessine, ce sont les dialogues du gouvernement avec toutes les parties pour et contre cet accord de paix. Le président et son équipe ont tenu des pourparlers tant avec les détracteurs de l'accord de paix qu'avec ceux qui ont répondu oui au référendum. Des propositions ont été présentées, qui seront négociées avec les FARC.

Cette possible union politique et sociale vers laquelle s'acheminent une grande partie des Colombiens pourrait être la solution pour trouver l'accord final tant désiré. Mais cette unité est-elle à portée de main ? En tous cas, les Colombiens sont las de la guerre et veulent la paix.

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