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Rentrer au Monténégro après avoir combattu dans des guerres étrangères

“Dans la noirceur des années 90 – Je ne suis pas allé faire la guerre pour être un agresseur, jouer les Rambo” Arrêt sur image de la version en ligne du documentaire “Une route sans retour ?” du Centre pour la Transition démocratique (CDT), au Monténégro.

Milica Bogdanović, auteur de cet article, est membre du Centre pour la Transition Démocratique (CDT), l'organisme qui a produit le film mentionné.

Le film documentaire “Une route sans retour ?” explore le sujet des ressortissants du Monténégro et des Balkans qui rentrent chez eux et encourent des condamnations pour avoir rejoint des guerres étrangères dans des pays comme la Syrie ou l'Ukraine.

Ce film, produit par le Centre pour la Transition Démocratique (CDT), une organisation non-gouvernementale, a été mis à disposition en ligne cette semaine, agrémenté de sous-titres anglais pour en faciliter l'accès. Il présente les vies de combattants de l'EI rentrés au Monténégro et l'action des institutions étatiques pour la prévention du radicalisme :

Au Monténégro, pays de 623.000 habitants, une vingtaine de personnes ont notoirement pris part aux guerres en Syrie, Ukraine et Irak. Il n'existe pas d'estimations officielles du nombre d'individus rentrés, mais des recherches de terrain révèlent que plusieurs combattants sont revenus chez eux. Le rapport 2016 de l'Union Européenne sur le Monténégro note :

La prise de conscience institutionnelle doit être accrue pour surveiller les possibles menaces terroristes, y compris le retour de nationaux monténégrins revenus des champs de bataille. Il y a des preuves de présence d'environ 20 nationaux sur les champs de bataille en Syrie depuis le début du conflit, dont cinq seraient morts. Les activités préventives dans ce domaine doivent être renforcées et des mesures anti-radicalisation mises en œuvre. Un bilan des besoins de financement dans le domaine de la prévention du terrorisme doit être développé.

Comme les autres pays des Balkans, le Monténégro a adopté de nouvelles lois aux termes desquelles “rejoindre ou participer” [à] des armées, polices, groupes paramilitaires ou para-policiers” est une infraction pénale, punissable d'un emprisonnement de six mois à dix ans. Deux personnes seulement ont été poursuivies en relation avec la radicalisation, le recrutement, l'aide et le financement d'activités terroristes ou combattantes en Syrie et en Ukraine.

Le documentaire donne un aperçu des motivations de combattants aussi bien musulmans sunnites que chrétiens orthodoxes se réclamant du noble motif de défendre “les frères opprimés” dans des pays lointains. Des affirmations battues en brèche par les déclarations des autorités religieuses locales, qui condamnent fermement tous les crimes commis au nom de la religion ou d'une affiliation “patriotique”.

Le film présente des entretiens avec des militants de la société civile, et aussi des observateurs et psychologues, se référant à des perceptions diverses sur les combattants partant au champ d'honneur en fonction de leur religion. Ils soulignent aussi que d'autres facteurs, tels que des problèmes familiaux, la santé mentale et les situations économiques individuelles sont des moteurs de leur décision de rejoindre une cause qu'ils considèrent comme ‘héroïque’. Les sentiments d'honneur personnel, de courage et de chevalerie sont constitutifs de l'identité monténégrine. Les psychologues relèvent aussi que s'enrôler dans une guerre peut être attirant pour des individus enclins à la violence peut-être eux-mêmes victimes de traumatismes précoces dans leur vie.

Les textes officiels de l’État établissent que les combattants étrangers de retour sont reconnus comme un danger pour la sécurité nationale et la société en général, mais les institutions publiques du Monténégro n'ont pas encore créé de programme de déradicalisation pour la sortie de prison.

Les services de sécurité collectent usuellement des données sur les combattants de retour et suivent leurs activités, mais les autres institutions ne mettent pas en œuvre de programmes financés pour s'occuper de leurs familles et enfants, ou fournir une prévention déradicalisante :

Quel rôle pour la collectivité dans la lutte contre l'extrémisme violent ?

Le 24 octobre, le CDT a sorti le film sur la télévision nationale Vijesti et organisé une projection dans la capitale Podgorica le 31 octobre pour provoquer un débat public, le signalant à l'attention de la politique générale au Monténégro.

Pendant la projection, le CDT a live-tweeté les commentaires des participants sous le hashtag #PolitikaCG (#Politique Monténégro), à commencer par le Ministre de l'Intérieur du Monténégro, Melvudin Nuhodžić, ainsi que les invités d'autres organisations de la société civile qui ont communiqué sur des recherches en rapport :

Nuhodžić : L'extrémisme violent est un phénomène complexe et représente un défi requérant les efforts joints de nous tous.

Elvira Hadžibegović-Bubanja de Forum MNE : Les jeunes pensent qu'il est justifié d'utiliser la violence pour défendre sa religion.

Aner Zuković de Atlantic Initiative [une ONG de Bosnie] : Internet joue un rôle-clé dans la diffusion des idées radicales. Il est utilisé pour recruter de nouveaux adeptes…

S'il y a bien une volonté politique au plus haut niveau pour accroître le rôle de la collectivité dans la lutte contre l'extrémisme violent, le Monténégro commence tout juste à instituer un système pour cela. A part l'incarcération et la surveillance, les ex-combattants étrangers et leurs familles sont livrés à eux-mêmes pour se réintégrer à la société monténégrine.

Le ministre Nuhodžić a annoncé la création de la Plateforme nationale pour contrer l'extrémisme violent, mais beaucoup d'institutions ignorent toujours le rôle qu'elles y auront. La société civile doit être pionnière d'une méthode empathique pour empêcher la propagation en ligne et dans les médias des idées extrémistes, et aider les ex-combattants à réexaminer leurs systèmes de valeurs.

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