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Un Erythréen arrêté à Khartoum et emprisonné à Palerme pour une simple homonymie

L'arrivée en Italie du présumé trafiquant en juin 2016. Photo de altreconomia.it.

Un procès se déroule depuis un an et demi à Palerme, avec comme accusé un homme qui dit s'appeler Medhanie Tasfamariam Behre, 29 ans. Son arrestation a eu lieu à l'Asmara Coin Café à Khartoum, au Soudan, par la police soudanaise en mai 2016, après une longue enquête internationale menée par les services de renseignement soudanais, italien et anglais. Il a été extradé et expulsé vers l'Italie sur un vol spécial le 7 juin. Les autorités et la presse l'ont présenté comme Medhanie Yehdego Mered dit « le Général », 35 ans, le cerveau de la traite des êtres humains en Méditerranée.

Les services suivaient Mered depuis le dramatique naufrage de Lampedusa du 3 octobre 2013 [fr] où 368 personnes perdirent la vie et 20 étaient présumées disparues.

L'histoire avait été résumée ainsi par il Post [it, comme les liens suivants, sauf indication contraire] :

L’uomo arrestato lo scorso 24 maggio in Sudan, estradato in Italia il 7 giugno e rinviato a giudizio lo scorso settembre, sarebbe Medhanie Tesfamariam Berhe, eritreo di 29 anni, e non Medhanie Yehdego Mered, uomo di 35 anni originario dell’Eritrea accusato di essere uno dei capi di una grande organizzazione con base in Libia che gestisce il traffico di migranti verso l’Europa, e coinvolto nei viaggi di almeno 13 mila persone.

Mercoledì 8 giugno, il ministero dell’Interno italiano e la National Crime Agency del Regno Unito avevano annunciato con una certa enfasi l’arresto in Sudan e l’estradizione in Italia di Medhanie Yehdego Mered. I magistrati avevano intercettato per mesi il cellulare di Medhanie Yehdego Mered raccogliendo informazioni sul suo conto e sulle sue attività.

Dopo l’arresto, i media britannici avevano cominciato ad avere dei dubbi, scrivendo che la persona arrestata e ora sotto processo fosse in realtà Medhanie Tesfamariam Berhe: un eritreo di 29 anni che non era mai stato in Libia, che non ha niente a che fare con la presunta rete per il traffico di migranti e che si è dichiarato innocente. Con il trafficante, condivideva semplicemente un nome molto comune.

L'homme arrêté le 24 mai au Soudan, extradé en Italie le 7 juin et mis en accusation en septembre dernier, serait Medhanie Tesfamariam Berhe, Érythréen de 29 ans, et non Medhanie Yehdego Mered, homme de 35 ans originaire d'Érythrée accusé d'être l'un des dirigeants d'une grande organisation en Libye qui gère le trafic des migrants vers l'Europe, et impliqué dans le déplacement d'au moins 13.000 personnes.

Mercredi 8 juin, le ministère italien de l'Intérieur et la National Crime Agency du Royaume-Uni avaient annoncé avec une certaine emphase l'arrestation au Soudan et l'extradition vers l'Italie de Medhanie Yehdego Mered. Les magistrats avaient mis sur écoute pendant des mois le téléphone portable de Medhanie Yehdego Mered, recueillant ainsi des informations sur lui et ses activités.

Après l'arrestation, les médias britanniques avaient commencé à avoir des doutes, écrivant que la personne arrêtée et désormais en procès était en fait Medhanie Tesfamariam Berhe, un Érythréen de 29 ans qui n'avait jamais été en Libye, n'a rien à faire avec le réseau présumé de trafic d'êtres humains et a clamé son innocence. Avec le trafiquant, il partageait tout simplement un nom très commun.

Dans un article publié le 16 novembre 2017, Giuseppe Francavigliaquelques incohérences dans cette affaire :

Alle 9:30 di venerdì 10 novembre, all’interno di una delle aule del Palazzo di Giustizia di Palermo stava iniziando l’ennesima seduta di uno dei più importanti processi in atto nel nostro Paese. Anzi, uno dei processi più importanti in Europa, e per l’Europa. È il cosiddetto processo Mered Medhanie Yehdego ed altri”. Nonostante la sua importanza, i media non se ne stanno occupando molto. E questa è un’altra curiosa coincidenza…

Nonostante il sostituto procuratore Calogero Ferrara, il procuratore aggiunto Maurizio Scalia e il procuratore capo Francesco Lo Voi fossero convinti, allora come oggi, di aver catturato il Mered Medhanie Yehdego, le numerose–e a un occhio”ingenuo”, come quello del sottoscritto e di una folta schiera di giornalisti e osservatori–prove schiaccianti raccolte fin dal giorno successivo all’estradizione testimoniano il contrario.

À 9h30 le vendredi 10 novembre, dans une des salles du palais de justice de Palerme, commençait l'énième session de l'un des  les plus importants procès en cours dans notre pays. Voire l'un des procès les plus importants en Europe, et pour l'Europe. Il s'agit du procès dit de « Mered Medhanie Yehdego et autres » En dépit de son importance, les médias ne s'en occupent pas beaucoup. Et ceci est une autre curieuse coïncidence…

Malgré le fait que le substitut du procureur Ferrara Calogero, le procureur adjoint Maurizio Scalia et le procureur général Francesco Lo Voi étaient convaincus, hier comme aujourd'hui, d'avoir capturé Mered Medhanie Yehdego, les nombreuses – et à un œil « naïf » comme le mien et celui d'une foule de journalistes et d'observateurs – preuves accablantes recueillies à partir du jour suivant l'extradition témoignant du contraire.

Parmi les journalistes qui ont traité l'affaire, il y a aussi Stefano Colombo qui écrit pour thesubmarine.it. Dans un post publié le 13 novembre 2017, il rapporte ce qu'a découvert Lorenzo Tondo, journaliste de Palerme qui suit l'affaire pour le journal britannique The Guardian :

Mi occupo di questa cosa da un anno e mezzo, da quando c’è stato lo scambio di persona”, ci racconta, “doveva essere l’arresto del peggior trafficante di uomini, ma già appena l’abbiamo visto all’aeroporto ci siamo resi conto che con Mered non c’entrava un cazzo.”

Com’è successo lo scambio? “In pratica, nell’estate del 2015 Mered era sotto osservazione quando all’improvviso sparisce nel nulla: profili Facebook, WhatsApp, tutto diventa silenzioso.”

Gli inquirenti, allora, si attivano e vanno a sbirciare il profilo Facebook della moglie, molto popolare nella comunità eritrea in Europa. Non c’è niente di strano: ogni giorno arrivano al proprio profilo numerosi suggerimenti di amicizia, di persone che magari hanno conoscenze in comune con noi o frequentano i nostri stessi luoghi…

Si scopre poi che mentre la procura di Palermo dava la caccia a Mered, questo — il vero trafficante! — era in carcere a Dubai per una questione di passaporti falsi. Ecco spiegato il suo silenzio totale sui social media. “È tornato in libertà ad agosto 2016”, ci conferma Tondo. Berhe, invece, è ancora in carcere, e non sembra che potrà tornare in libertà a breve. Finora il processo ha cambiato 4 volte giudice, e secondo la legge italiana, ogni volta che il giudice cambia, il processo va rifatto da capo.

« Je travaille sur cette affaire depuis un an et demi, depuis qu'il y a eu erreur d'identité », nous dit-il, « ça devait être l'arrestation du pire trafiquant d'êtres humains, mais déjà dès que nous l'avons vu à l'aéroport, nous nous sommes rendus compte qu'il n'avait fichtre rien à voir avec Mered ».

Comment a eu lieu la confusion ? « Dans les faits, à l'été 2015 Mered était sous surveillance quand il s'évapore soudainement dans la nature : profils Facebook, WhatsApp, tout devient silencieux. »

Les enquêteurs s'activent alors et vont fouiller dans le profil Facebook de sa femme, très populaire dans la communauté érythréenne en Europe. Il n'y a rien d'étrange : chaque jour de nombreuses demandes d'amitié y arrivent, de personnes qui peut-être ont des connaissances en commun avec nous ou fréquentent les mêmes endroits que nous…

On découvre ensuite que, alors que le procureur de Palerme pourchassait Mered, celui-ci – le réel trafiquant ! – était en prison à Dubaï pour une affaire de faux passeports. Voilà ce qui explique son silence sur les médias sociaux. « Il a retrouvé la liberté en août 2016 », nous confirme Tondo. Berhe, par contre, est toujours en prison, et il ne semble pas qu'il puisse espérer être libéré de sitôt. Jusqu'à présent, le procès a changé quatre fois de juge, et en vertu du droit italien, chaque fois que le juge change, le procès doit repartir de zéro.

Le 4 juillet 2016, le site newsicilia.it révélait que la défense avait présenté deux hommes, qui vivent aujourd'hui en Suède avec le statut des réfugiés, qui affirment avec certitude que l'homme arrêté n'est pas Mered « le Général » :

Fonte: eritrea-chat.com

Fonte: eritrea-chat.com

Oggi, però, ci sarebbero i due testimoni pronti a dimostrare che Mered non sarebbe il latitante ricercato da due anni. Ma un giovane di nome Mered Tesfamarian. Come anticipa il giornale britannico The Guardian, uno dei due testimoni sarebbe Ambesyer Yeman, 23 anni, rifugiato eritreo, arrivato in Italia con l’organizzazione di Mered nel 2013.

“Non conosco il ragazzo che hanno arrestato, l’ho visto nella foto di un articolo pubblicato su Facebook, e ho detto immediatamente: ‘Ma questo non è Mered”, ha detto il ragazzo.

Aujourd'hui, cependant, il y aurait deux témoins prêts à prouver que Mered ne serait pas le fugitif recherché depuis deux ans, mais un jeune homme nommé Mered Tesfamarian. Comme l'avait anticipé le journal britannique The Guardian, l'un des deux témoins serait Ambesyer Yeman, 23 ans, réfugié érythréen, arrivé en Italie avec l'organisation de Mered en 2013.

« Je ne connais pas le gars qu'ils ont arrêté, je l'ai vu sur la photo d'un article publié sur Facebook, et je me suis immédiatement dit : ‘Mais ce n'est pas Mered’ », a dit le jeune homme.

Outre tout cela, Lorenzo Tondo, le journaliste qui, plus que quiconque, a travaillé sur cette affaire, a révélé sur sa page Facebook, générant plus de 500 ‘j'aime’, que la magistrature italienne avait enregistré une de ses conversations :

Ieri è successa una cosa davvero spiacevole. Una cosa che in Italia, nella mia categoria, è considerata oramai pericolosamente ‘’normalità’’, ordinaria amministrazione, un ‘’incidente di percorso’’ come tanti altri: la procura di Palermo ha intercettato alcune mie conversazioni con una fonte, un ragazzo eritreo che mi aiutava anche come interprete nelle interviste in tigrino sul ‘’Caso Mered’’, il clamoroso scambio di persona di un rifugiato arrestato per errore perché ritenuto essere un trafficante di uomini. Una vicenda che abbiamo sollevato sul The Guardian per primi e di cui ci occupiamo da un anno e mezzo. Nelle conversazioni, depositate ieri, non c’è nulla di rilevante dal punto di vista investigativo. Davo appuntamento al ragazzo a casa mia. Doveva aiutarmi a tradurre alcuni documenti e a farmi da interprete per alcune interviste. È cresciuto insieme all’uomo detenuto a Palermo questo ragazzo, era un suo vicino di casa quando abitava ad Asmara.

Hier est arrivé quelque chose de vraiment désagréable. Une chose qui en Italie, au sein de ma profession, est désormais dangereusement considérée comme « normalité », bureaucratie ordinaire, un « accident de parcours » comme tant d'autres : le parquet de Palerme a mis sur écoute certaines de mes conversations avec une source, un garçon érythréen qui m'a aidé comme interprète lors d'entrevues en tigrinya sur « l'Affaire Mered », la sensationnelle confusion d'identité d'un réfugié arrêté par erreur parce qu'il a été confondu avec un trafiquant d'êtres humains. Une question que nous avons abordée dans The Guardian d'abord et que nous traitons depuis un an et demi. Dans les conversations, déposées hier, il n'y a rien de pertinent du point de vue de l'investigation. Je donnais rendez-vous au jeune homme chez moi. Il devait m'aider à traduire quelques documents et à me servir d'interprète lors d'entrevues. Il a grandi avec l'homme en détention à Palerme ce jeune homme, c'était son voisin quand il vivait à Asmara.

Avec de telles méthodes d'investigation, il faut se demander si la justice italienne cherche le vrai coupable ou simplement une victime à sacrifier comme tel pour clore l'affaire.

Pour tenter de faire quelque chose de concret sur l'affaire, l'auteur de ce post (Abdoulaye Bah), sollicité par une grande partie des militants, des lecteurs et des spécialistes en la matière, a décidé de lancer une pétition que nous vous prions de signer :

Libérez Medhanie Tasfamariam Behre, le charpentier érythréen, en prison pour homonymie (pétition sur Avaaz) [it]

Chiediamo che venga rilasciato immediatamente e che l’Italia ammetta il proprio errore pubblicamente, presenti le proprie scuse a Mered e trovi il modo per garantire la sua sicurezza e incolumità, ormai compromesse, dopo il rilascio.

Nous demandons qu'il soit immédiatement libéré et que l'Italie admette publiquement son erreur, présente ses excuses à Medhanie Tesfamariam Behre.

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