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Rapport Netizen : Des groupes de défense des droits humains demandent justice pour Jamal Khashoggi, un an après son assassinat

Jamal Khashoggi. Photographie : April Brady / POMED [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)]

Le rapport Netizen de Global Voices Advox offre un aperçu international des défis à relever, des victoires obtenues et des tendances émergentes en matière de libertés numériques dans le monde. Le présent numéro traite d'informations et d'événements relevés entre le 27 septembre et le 4 octobre 2019. Sauf mention contraire, les liens renvoient à des pages en anglais.

Le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien de 59 ans Jamal Khashoggi [fr]  s'est rendu à l'ambassade saoudienne d'Istanbul pour récupérer des papiers pour son mariage et n'en est jamais ressorti. On apprenait plus tard qu'il avait été assassiné et son corps démembré par des agents saoudiens.

Son meurtre a suscité une condamnation générale du gouvernement saoudien et a renforcé l'examen par la communauté internationale du traitement des journalistes et des militants des droits humains par le régime.

Les autorités saoudiennes ont d'abord nié avoir eu connaissance de la disparition de Jamal Khashoggi, chroniqueur au Washington Post et ancien rédacteur en chef d'Al Watan. Plus tard, ils ont affirmé qu'il était mort après qu'une bagarre eut éclaté à l'intérieur de l'ambassade, puis ont finalement reconnu que son assassinat était prémédité. De nombreux dirigeants mondiaux et agences de renseignement estiment que le prince héritier Mohamed Ben Salmane a ordonné l'assassinat du journaliste.

Fin 2018, il a été prouvé que le logiciel de surveillance construit par la société israélienne NSO Group avait permis aux autorités saoudiennes d'espionner les communications de Jamal Khashoggi dans les mois qui ont précédé son assassinat.

Les informations et l'analyse sur le meurtre de Jamal Khashoggi ont également mis au jour d'autres voix saoudiennes qui réclament une meilleure protection des droits humains dans le pays. Selon le Comité pour la protection des journalistes, au moins 16 journalistes étaient derrière les barreaux pour leur travail en 2018 et au moins neuf autres ont été arrêtés en 2019. Des défenseurs des droits humains et des cyber-activistes sont également derrière les barreaux, notamment Loujain al-Hathloul, militante pour le droit des femmes à conduire, et Israa Al-Ghomgham [fr], militante qui a été menacée d'une peine de mort (peine finalement commuée) pour violation de la loi du royaume contre la cybercriminalité.

Le 2 octobre, des veillées et des manifestations ont eu lieu devant les ambassades saoudiennes dans plusieurs pays. Les groupes de défense des droits humains et de liberté des médias ont également publié conjointement une lettre appelant la communauté internationale et le gouvernement saoudien à poursuivre l'application des procédures légales dans l'enquête sur le meurtre de Jamal Khashoggi et à libérer les autres journalistes, militants des droits humains et prisonniers de conscience actuellement derrière les barreaux dans le royaume.

La décision de la Cour européenne est un coup dur pour Facebook – et la liberté d'expression.

La Cour de justice européenne a rendu un arrêt historique concernant les contenus illégaux sur Facebook. Dans une affaire de diffamation intentée contre l'entreprise par la politicienne Verte autrichienne Eva Glawisching-Piesczek, la Cour a jugé que l'entreprise était dans l'obligation de supprimer les messages diffamatoires à son encontre non seulement en Autriche ou dans l'UE, mais dans le monde entier.

Cette décision contraste fortement avec les décisions antérieures d'autres tribunaux, les accords conclus avec les gouvernements et l'approche actuelle de Facebook à l'égard du contenu jugé contraire à la loi, en vertu de laquelle l'entreprise “bloque” ou supprime le contenu incriminé uniquement dans la juridiction nationale ou régionale pertinente. La décision appelle également à la mise en œuvre de systèmes automatisés de filtrage de contenus, mais n'offre aucune indication sur la manière dont ceux-ci devraient fonctionner.

Cette décision pourrait avoir de profondes implications pour l'entreprise et ses utilisateurs, tant au sein de l'UE qu'au niveau mondial. Elle établit une nouvelle norme selon laquelle tout tribunal d'un État membre de l'UE peut ordonner que le contenu jugé contraire à la loi de cet État soit totalement retiré de Facebook. Mais elle crée également un précédent sur lequel les gouvernements non membres de l'UE peuvent faire valoir que Facebook devrait suivre la même procédure pour tout contenu jugé illégal dans n'importe quelle juridiction. Cela pourrait accroître le pouvoir de pays comme la Turquie, qui réussit à faire supprimer des centaines de contenus chaque année, pour dicter ce que le monde entier peut ou ne peut pas voir sur la plateforme. Pour ces raisons et bien d'autres encore, la décision peut signifier que la liberté d'expression est sur le point d'être considérablement réduite sur Facebook.

La loi singapourienne contre les “fake news” entre en vigueur et met en garde les entreprises numériques

La Loi sur la protection contre les impostures et les manipulations en ligne est officiellement entrée en vigueur en octobre 2019, donnant aux ministres du gouvernement des pouvoirs étendus et incontrôlés pour déterminer quelles informations en ligne sont ” fausses ” et exiger qu'elles soient censurées ou corrigées. Le ministère de la Justice affirme que la loi aidera à mettre fin à la circulation de ” fausses informations délibérées en ligne “, mais les journalistes et les défenseurs des droits humains craignent qu'elle ne soit utilisée pour étouffer la liberté d'expression.

La loi suscite également d‘importantes inquiétudes pour les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Google, qui ont leur siège pour l'Asie à Singapour. La loi introduit des obligations administratives importantes pour les plateformes web offrant leurs services dans le pays, et impose des amendes aux entreprises.

Le cyber-militant égyptien Alaa Abd El Fattah est derrière les barreaux, en pleine répression

Six mois seulement après sa libération de prison après avoir purgé une peine de cinq ans pour avoir défié une interdiction de manifester, le militant et blogueur égyptien Alaa Abd El Fattah a été de nouveau arrêté le 29 septembre.

Alaa Abd El Fattah a été arrêté dans le poste de police de Dokki, où il doit déjà passer la nuit quotidiennement de 18 heures à 6 heures du matin, dans le cadre de sa période de probation. Cependant, le matin du 29 septembre, Alaa Abd El Fattah n'est pas sorti du commissariat et sa famille a appris qu'il était détenu par l'Agence de sécurité nationale et emmené au siège de la Sécurité publique. Selon Mada Masr, les autorités l'ont accusé de “participer à une organisation illégale”, de “recevoir des fonds étrangers”, de “diffuser de fausses nouvelles” et d'”abuser des médias sociaux”. Il n'a pas encore été inculpé.

Alaa Abd El Fattah, l’un des principaux blogueurs et cyber-militants au Caire à la veille de la révolution égyptienne de 2011, a été emprisonné ou a fait l'objet d'une enquête sous chaque chef d'État égyptien en fonctions au cours de sa vie.

La nouvelle arrestation d'répression gouvernementale contre les petites manifestations anti-corruption qui ont eu lieu dans plusieurs villes égyptiennes fin septembre. Des centaines d'arrestations ont été enregistrées et, les experts en cybersécurité précisent que plusieurs militants et dirigeants de l'opposition ont reçu un logiciel de surveillance ciblée relié au ministère égyptien des Communications et des Technologies de l'Information.

Les voix indonésiennes font face à des menaces judiciaires concernant l'activisme en ligne

L'activiste et documentariste Dandhy Dwi Laksono a été arrêté le 26 septembre et accusé d'avoir diffusé des propos haineux sur les médias sociaux. Dandhy Dwi Laksono avait publié plusieurs tweets de protestations contre la discrimination raciale dans les provinces indonésiennes de Papouasie et de Papouasie occidentale.

Ananda Badudu, musicien et ancien journaliste, a été brièvement arrêté et interrogé par la police pour son implication dans le financement participatif des manifestations d'étudiants actuellement en cours dans les villes d'Indonésie. Il a été libéré depuis.

Un journaliste croate arrêté et condamné à une amende pour avoir publié des tweets

Le journaliste croate Gordan Duhacek, qui écrit pour Index.hr, a été arrêté à l'aéroport de Zagreb le 16 septembre et condamné à une amende pour un tweet contenant l'acronyme anti-police ACAB, All Coppers Are Bastards (Tous les flics sont des salauds). Il attend une autre décision de justice concernant un deuxième tweet, dans lequel il fait une référence satirique à une chanson patriotique croate dans une discussion axée sur la pollution et la dégradation environnementale dans le pays. Dunja Mijatovic, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, affirme que les poursuites contre Duhacek “se réduisent à une pure intimidation de la presse”.

Un militant des Émirats arabes unis poursuit une grève de la faim

Ahmed Mansoor, militant des droits humains des Émirats arabes unis, a entamé sa deuxième grève de la faim pour protester contre les mauvaises conditions de détention et les mauvais traitements à la prison Al-Sadr d'Abou Dabi. Ahmed Mansoor, qui a été arrêté et emprisonné dans son pays à plusieurs reprises depuis 2011, purge une peine de 10 ans de prison après avoir été reconnu coupable d'insulte au “statut et au prestige des EAU et de leurs symboles” et d'avoir publié de “faux reportages” sur les médias sociaux.

Ahmed Mansoor s'est vu décerner le Prix Martin Ennals de 2015, un prix dédié aux défenseurs des droits humains, pour avoir été ” l'une des rares voix au sein des EAU à fournir une évaluation indépendante crédible des développements des droits humains dans le pays “.

Nouvelles recherches

État de la liberté de l'Internet en Afrique : Mapping Trends in Internet and Government Controls, 1999 – 2019 – Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa CIPESA

L'ordre mondial de la désinformation : Inventaire mondial 2019 de la manipulation organisée des médias sociaux – Phil Howard et Samantha Bradshaw, Oxford Internet Institute

Arrivons-nous mieux à distinguer le bien du mal ? Automatisation dans la modération de contenu – Namita, GenderIT.org

 

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