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Les « frelons tueurs » japonais envahissent-ils l'Amérique du Nord ?

Un frelon asiatique jaune et noir faisant du sur place devant une ruche. On distingue son imposant visage et ses mandibules.

Frelon japonais géant attaquant une ruche. Photo avec l'aimable autorisation de Stephen Wheeler.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Au début du mois de mai, le New York Times a signalé que les États-Unis se trouvaient confrontés à une nouvelle menace en plus de la pandémie de COVID-19 : les « frelons tueurs » en provenance d'Asie. Cet article a immédiatement suscité une avalanche de reportages sur les « guêpes meurtrières » et une multitude de discussions sur les médias sociaux à travers le monde. Face à la résurgence et à la popularité grandissante d'un phénomène viral idiot sur YouTube à partir de 2018, certains journalistes rappellent que « les frelons meurtriers ne sont pas capables de tuer un être humain » alors que d'autres se demandent ce qu'est exactement ce « frelon meurtrier » ?

Ainsi, selon le reportage du New York Times, le frelon géant d'Asie (Vespa mandarinia) est désormais présent non seulement dans le nord-ouest de l'État de Washington mais également juste après la frontière entre les États-Unis et le Canada, au nord, à White Rock, dans la banlieue de Vancouver. Au mois de septembre 2019, un nid de frelons géants asiatiques fut également découvert et détruit sur l'île de Vancouver toute proche.

Un frelon mort, pattes repliées sur son corps. Sa taille est un peu plus grande que la carte mémoire posée à côté en référence.

Un frelon géant japonais mort ou O-suzumebachi (オオスズメバチ) au Japon. Photo de Nevin Thompson.

Le mystère subsiste quant à l'arrivée du frelon géant asiatique dans l'ouest de l'Amérique du Nord. Les frelons sont présents à Taïwan, en Chine, en Corée du Sud et au Japon où cet insecte est désigné sous le nom de o-suzumebachi (オオスズメバチ), ce qui se traduit à peu près par « grand moineau guêpe ».

Ces frelons atteignent une longueur d'environ 5 cm et se défendent contre les prédateurs comme les ours [jap] en piquant et en crachant leur venin grâce à une puissante piqûre.

Au Japon, les frelons géants se nourrissent d'abeilles domestiques et constituent donc une menace considérable pour les ruches de l'État de Washington, de la Colombie-Britannique et d'autres régions d'Amérique du Nord.

Pourquoi les appelle-t-on « frelons meurtriers » ?

L'article du New York Times a immédiatement semé la confusion. Certain⸱e⸱s se sont élevé⸱e⸱s contre l'affirmation selon laquelle les frelons « tuent jusqu'à 50 personnes par an » au Japon (le chiffre est en fait de 12 décès par an, selon le ministère japonais de la Santé, a souligné un observateur sur Twitter).

Au Canada, les entomologistes, dont les recherches sur la présence du frelon se poursuivent depuis au moins un an, ont eux aussi sous-estimé la menace potentielle pesant sur les êtres humains.

C'est un frelon meurtrier qui a écrit ceci ?

[image] Plan d'un frelon mort à côté d'une règle de mesure. Le frelon est allongé sur le côté. Il mesure près de 7,6 cm (3 pouces).

Néanmoins, aux yeux de nombreux observateurs japonais, la question la plus déroutante de l'article est celle de l'origine du « frelons meurtriers ».

Martin Fackler, ancien chef du bureau de Tokyo du New York Times, a constaté qu’au Japon, ces frelons sont désignés par le terme suzumebachi – une abeille (hachi) ou un frelon de la taille d'un moineau (suzume).

Matt Alt, collaborateur au quotidien Fackler et au New Yorker, a interprété l'expression « frelon meurtrier », utilisée dans le New York Times, comme le fruit d'une sorte de « jeu du téléphone inversé » :

En effet, j'ai effectué une rapide recherche en japonais sur les variantes du satsujinbachi (殺人蜂), dont le terme semble être à l'origine de “murder hornet” et le terme était probablement une traduction directe de l'anglais “killer bee”, même si les tabloïds japonais l'emploient désormais également pour désigner  les frelons géants d'Asie.

Les méthodes des apiculteur⸱ice⸱s japonais⸱es

Dans une interview pour Global Voices, Stephen Wheeler, apiculteur au Japon, explique : « Le frelon géant japonais vous avertit qu'il va attaquer en faisant grincer ses mandibules. Malgré tout, le frelon géant d'Asie ne constitue guère une menace si vous en croisez un. Pas un geste, en revanche, n'essayez pas de l'écraser mais éloignez-vous en. »

Chaque année, Stephen Wheeler livre une bataille pour préserver ses abeilles des frelons géants. Depuis 1993, il vit à Awaji, une île largement rurale située à l'ouest de Kobe et d'Osaka, à l'extrémité orientale de la mer intérieure. Stephen Wheeler pratique l'apiculture sur Awaji depuis environ huit ans et exploite actuellement des terres agricoles en vue de la plantation d'arbres favorisant le développement des abeilles dans le cadre du reboisement.

« Un voisin m'a confié deux anciennes ruches que j'ai placées dans un café appartenant à des amis et j'ai réussi à attirer mes deux premiers essaims d'abeilles domestiques », raconte Stephen Wheeler. « J'ai des abeilles domestiques japonaises (Apis cerana japonica) et lorsque des essaims s'échappent des fermes de fraises, je recueille aussi l'abeille domestique européenne (Apis mellifera). »

Sur son blog, Stephen Wheeler consigne les éléments de sa vie à Awaji, notamment son élevage d'abeilles, la production de miel, la lutte contre les guêpes et, plus généralement, l'étude de la vie des insectes.

Une petite cinquantaine de frelons asiatiques piégés par une compresse recouverte d'une colle, déposée sur le toit d'une ruche. Beaucoup sont morts.

Maîtriser une attaque de frelons asiatiques avec des compresses collantes. Photo avec l'aimable autorisation de Stephen Wheeler.

Hélas, au cours de l'hiver dernier, Stephen Wheeler a perdu la totalité de ses abeilles, comme il l'explique dans un blog vidéo.

« Ce fut une spirale destructrice », raconte Stephen Wheeler. « Des frelons jaunes en été, des frelons géants en automne, les abeilles ne peuvent donc pas quitter la ruche pour butiner. Les réserves de miel et de pollen diminuent, elles ne peuvent plus maintenir la ruche en bonne santé et le stress s'installe. La ruche succombe à la “fausse teigne” ou aux acariens, elles quittent tout simplement la ruche, ce qui, en automne, est une condamnation à mort en soi. »

Les abeilles ne seront plus là, dit Stephen Wheeler, pour passer l'hiver et reprendre la vie de la colonie au printemps.

Stephen Wheeler a répertorié sur sa chaîne YouTube une variété de tactiques pour lutter contre le frelon géant d'Asie. Il y explique la manière dont les frelons libèrent des phéromones pour demander de l'aide et comment utiliser ce mécanisme en leur défaveur (vidéo en anglais, avec sous-titrage en français) :

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