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Le long des frontières bulgares, des milices entraînées par les Russes “prêtes pour la guerre aux réfugiés”

Members of Bulgarian nationalist faction, BNO Shipka, on the border with Turkey, "waiting for refugees". Photo from Facebook page of BNO Shipka https://www.facebook.com/voenensauz/

Des membres du mouvement nationalist e bulgare BNO Shipka “attendent les réfugiés” à la frontière avec la Turquie”. Photo : page Facebook du BNO Shipka https://www.facebook.com/voenensauz/

[Article d'origine publié le 15 juin 2016] Au moins 800 personnes participent avec des milices organisées à la traque des réfugiés le long des frontières de la Bulgarie. A en croire leur chef, la Russie leur assure un entraînement gratuit.

Une enquête de la télévision publique allemande ZDF diffusée le 8 juin a établi que la moitié au moins de ces hommes a servi dans l'armée bulgare. Ils sont masqués et en tenue de camouflage, et la plupart portent des couteaux. Et parfois, aussi, des fusils.

L'idée de patrouilles de ​​civils en Bulgarie n'a rien de nouveau, mais la pratique a resurgi à la faveur de l'accroissement du nombre de réfugiés de Syrie entrés dans le pays en 2013 et 2014.

A la fin de 2013, on estimait à 15.000 le nombre de réfugiés syriens entrés illégalement en Bulgarie, en quête de sécurité. Mais ce petit pays de l'UE, empêtré dans sa propre instabilité politique et économique, était dans l'incapacité de faire face à l'afflux des demandeurs d'asile. Pour tenter d'empêcher l'arrivée de nouveaux réfugiés, le gouvernement bulgare a autorisé la construction d'une clôture de barbelés de 30 kilomètres le long de sa frontière avec la Turquie. Les tensions entre réfugiés démunis et sans travail et communautés locales se sont exacerbées.

Ces patrouilles civiles sont le résultat de la réponse inadéquate au problème des autorités puis du gouvernement de Plamen Oresharski. D'abord apparues à Sofia, la capitale, depuis 2015 un grand nombre de ces patrouilles sur la frontière bulgaro-turque ont évolué en organisations paramilitaires de fait.

Au départ, ces “patrouilles” ne portaient pas ouvertement des armes. Elles se sont popularisées et militarisées avec l'installation de plusieurs centres de réfugiés dans et autour de Sofia. A côté des centres principaux à Ovcha Kupel, Voenna Rampa et Vrazhdebna, administrés par l’Agence d'Etat pour les réfugiés de la Bulgarie, un nombre inconnu de migrants occupent aussi des appartements dans les quartiers centraux de la capitale.

Les migrants ont reçu nombreux une carte de résident et un hébergement pour eux et leurs familles, mais les sphères nationalistes en Bulgarie se sont mis à exploiter le nombre croissant de réfugiés à des fins de politique locale pour accroître leur visibilité auprès des Bulgares. Ainsi, Boyan Rasate, le chef de l’Union nationale bulgare – Nouvlle Démocratie, un parti néo-nazi dont le siège est à Sofia, est à la tête d'une de ces patrouilles civiles, justifiant son action par “le patriotisme et la protection des valeurs bulgares”.

Depuis trois ans, les réfugiés syriens et autres ne cessent de subir des agressions en nombre croissant dans la capitale bulgare. Le 2 décembre 2013 deux réfugiés syriens ont été attaqués par une meute de 20 hommes armés de couteaux et de chaînes. Les deux victimes, âgées de 27 et 35 ans, ont eu le nez cassé et des blessures par couteaux à la tête.

Le 9 novembre 2013, c'est un Bulgare d'ascendance turque de 28 ans qui était passé à tabac après avoir été pris par erreur pour un immigrant. Autres agressions xénophobes, un jeune Malien de 18 ans et un ressortissant syrien de 17 ans poignardés entre novembre et décembre 2013.

Fin 2013, Amnesty International s'est inquiété de la montée des crimes xénophobes contre les migrants en Bulgarie et des manifestations anti-immigrants organisés par les mouvements d'extrême-droite. Citée dans une déclaration d'Amnesty du 12 novembre 2013, la porte-parole Barbora Cernusakova indiquait : “Il y a une montée alarmante et dangereuse du sentiment xénophobe en Bulgarie et il est de la responsabilité des autorités de l'empêcher, au lieu de quoi de nombreuses déclarations gouvernementales risquent de jeter de l'huile sur le feu”.

Refoulement et gardes-frontières auto-proclamés

Selon les données de la police bulgare, 1.500 personnes sont empêchées chaque mois de traverser les frontières avec la Turquie et la Grèce. Entre fin mai et début juin 2016 plusieurs informations ont fait état de groupes d'individus ayant réussi à passer de Grèce en Bulgarie. L'agence de presse Novinite a rapporté que 53 migrants ont été promptement renvoyés en Grèce par les autorités bulgares. Un autre groupe de 34 migrants a été intercepté dans un train de marchandises sur le tronçon entre Grèce et Bulgarie. Un article de Novinite a aussi rapporté qu'un autre jour, en l'espace de 24 heures, ce sont 215 autres migrants qui ont été empêchés de pénétrer en Bulgarie : 62 avaient tenté de franchir la frontière entre la Grèce et la Bulgarie à Novo Selo, 155 avaient essayé d'entrer par la frontière turque. Conséquence de ces incidents, la Bulgarie a déployé des unités de l'armées ur la frontière grecque.

A mesure que les réfugiés faisaient plus parler d'eux, sont apparues des “patrouilles civiles” sur la frontière avec la Turquie. Juridiquement, elles n'ont pas le droit de procéder à des arrestations, ce qui ne les freine nullement. Les patrouilleurs auraient ainsi “capturé” plusieurs ressortissants afghans, et en février 2016 Dinko Valev, un habitant de 29 ans de la bourgade de Yambol, a été célébré dans les médias bulgares comme un “super-héros” pour avoir attrapé un groupe de réfugiés syriens “à mains nues”. Valev s'est vanté à la télévision nationale de patrouiller la frontière turque “à la chasse” aux migrants, avant de créer sa propre milice.

Si les activités des “patrouilles” ont fait polémique en Bulgarie, les autorités et le gouvernment du parti de centre-droit du parti Citoyens pour le Développement européen de la Bulgarie (GERB) et le Premier Ministre Boïko Borissov sont restés silencieux. Les médias bulgares dans l'ensemble aussi. Les informations font état des “patrouilles civiles” à Sofia, mais ignorent celles le long de la frontière avec la Turquie. Un des rares à avoir réagi au reportage de ZDF a été le site web d'information Mediapool, qui a résumé le contenu du reportage et commenté la multiplication de ces escouades sous le titre “En Bulgarie, des chasseurs de réfugiés entraînés par les Russes”. Autre réaction, celle du site web d'information Actualno.com, qui s'est également focalisé sur l'entraînement dispensé par la Russie. Les médias pro-russes tel Budna era ont parlé non de réfugiés mais d’ “envahisseurs”.

Comme l'a rapporté ZDF, les patrouilles civiles augmentent en taille et continuent à s'armer en matériel plus lourd. Certains de leur membres et chefs seraient, dit-on aussi, d'ex-militaires russes.

La faction nationaliste qui a déployé des patrouilles sur la frontière turque est Voenen sayuz – BNO Shipka (“Union militaire – BNO Shipka”). Ils tiennent une page Facebook et un groupe Facebook, qui comptent tous deux plus de  4.000 membres, des forums sur lesquels se discutent des actions contre les réfugiés et les migrants. Le 6 juin, la chaîne russe a produit une vidéo sur ces activités.

Dans la vidéo de ZDF, un des membres de la patrouille dit que “si l'accord avec la Turquie échoue, nous sommes prêts pour la guerre aux réfugiés”.

L'incertitude demeure sur le sens exact de la remarque, tout comme sur une riposte appropriée des autorités, puisque jusqu'à présent le gouvernement bulgare s'est abstenu de traiter publiquement la question des patrouilles civiles.

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