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L'orchestre Aragon, symbole de la coopération culturelle entre Cuba et le continent africain

Orquestra Aragon via Gozamos.com with permission

Orquestra Aragon via Gozamos.com with permission

Une grande partie de la jeunesse africaine des années '50 et '60 a découvert la musique et pratiqué leurs premiers pas de danse avec les rythmes afro-cubains: Cha-Cha-Cha, Pachanga, Charanga, etc. Boycoté par les États-unis,  quelques années après la victoire le régime castriste a utilisé sa musique pour se faire une place dans le monde. Dans cet effort, l'orchestre Aragon a joué un role important par ses tournées à travers le monde.

Un article du site africultures.com décrit l'évolution de la découverte réciproque entre la culture musicale cubaine personnifiée par ce groupe fondée à Cienfuegos (Cuba) en 1939 par Orestes Aragón, de profession charpentier et les cultures africaines:

En 1971,  Aragon découvre l'Afrique

Les pays du continent Africain ont vécu la fin du colonialisme et leur accession à l'indépendance au rythme du Cha cha cha, et les modèles cubains ont largement influencé les musiques modernes d'Afrique, à commencer par la Rumba Congolaise.

Pour les Africains, la Aragon est “la” référence cubaine, et le groupe reçoit un accueil chaleureux de chefs d'Etats. L'Afrique laissera en retour son empreinte sur leur musique, avec des titres tels que “Muanga” du Congolais Franklin Boukaka, et plus récemment “Yaye Boy”, tube du groupe Sénégalais Africando. La Cha-onda, un rythme et une danse créée au début des années 70 par le violoncelliste Tomas Valdés, doit beaucoup à un séjour en Guinée et à la fréquentation du meilleur groupe du pays, le Bembaya Jazz National….

Le site lusafrica.fr décrit l'atmosphère et les liens politiques dans lesquels les tournées de ce mythique orchestre se déroulaient dans les capitales africaines:

L'ébullition et les oreilles des générations montantes sont tendues vers Cuba : la contagion de l'idéal révolutionnaire, la relecture de la douloureuse question de l’esclavage, font bon ménage avec la légèreté des pas du cha-cha-cha. En 1971, la Aragón découvre l’Afrique longtemps après que l’Afrique eut découvert la Aragón, avec comme première destination la Guinée (de Sékou Touré) et le Mali. Il y aura ensuite de nombreuses autres tournées avec au programme, des fêtes officielles devant des parterres de ministres et de diplomates ou des concerts pour le peuple. Orquesta Aragón, ambassadeur et pionnier, seul groupe cubain à sillonner toute l'Afrique, devient, avec l’avènement de la cassette pirate, star absolue de la Guinée au Congo, du Bénin jusqu’à Zanzibar ; allant même jusqu’à inventer un nouveau rythme, le cha-onda, créé par le violoniste Thomas Valdès à partir de sons entendus dans les rues de Conakry.

Pour célébrer ses 75 ans, l'orchestre Aragon a choisi la terre africaine, en l'occurrence Abidijan, la capitale ivoirienne, où actuellement il existe une dizaine d'associations d'amateurs de salsa, des restaurants et nights clubs spécialisés en salsa.

Il s'est produit pour les riches pour animer la soirée de charité annuelle de la Fondation Children of Africa de Mme Dominique Ouattara, Première dame de Côte d’Ivoire au luxueux Palais des congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, avec des participants venus de toute l'Afrique et d'ailleurs.

Ensuite, il s'est produit pour le peuple dans le quartier de Treichville pour fêter ensemble son anniversaire, comme le décrit Emily Tapé sur le site gbich.com:

D’abord leur participation au dîner gala en faveur de l’association Children of africa de la première dame Dominique Ouattara, le samedi 12 mars. Et le dimanche 13, dès 18h30, le groupe septuagénaire va célébrer ses 75 années de carrière musicale au palais de la culture de Treichville. Les férus de violons, flutes et de rythme endiablé de Salsa n’ont qu’à se préparer à vivre des moments I-NOU-BLI-A-BLE !

Répondant à une question de Marie Alfred Ngoma du site Charles Bouetoum-Kiyindou, historien congolais journaliste, président du groupe Salsa Idéal analyse l'évolution des échanges culturels et musicaux qui ont porté à l'enrichissement réciproque entre Cuba et les pays africains:

Il est vrai que la musique afro-cubaine tire indiscutablement une grande partie de ses racines de la culture Bantu au Royaume Kongo et ses environs, auxquelles il faut adjoindre les origines yoruba. Les Congolais se sont reconnus dans ces rythmes dès le milieu du 20ème siècle. Les pionniers de la musique congolaise moderne s’en sont appropriés pour enfanter la rumba congolaise. Les « Trovas » et les « Grandes Vocales » du Trio Matamotos et autre Sexteto ont servi de stimulant de base d’inspiration. La révolution cubaine avec Fidel Castro, a permis le rapprochement réel, physique entre artistes-musiciens cubains et congolais. Grâce au président Fidel Castro, des ensembles musicaux cubains ont foulé le sol congolais : Maravillas de Cuba, Sensacion ou l’emblématique orchestra Aragon qui est venu à plusieurs reprises au Congo. A l’inverse, l’orchestre Bantous de la Capitale s’est rendu à Cuba en 1974 et 1978 faisant valoir son statut depuis sa création de connaisseur « Ritmo de Oro ».

Une étude d'Elina Djebbari, chercheure post-doctorante au King’s College (Londres) au sein du projet Modern Moves (2013-2018) financé par le Conseil européen de la recherche, analyse les enjeux politiques et musicaux dans la coopération entre Cuba et le Mali sur le site cairn.info. L'étude porte le titre de Guerre froide, jeux politiques et circulations musicales entre Cuba et l’Afrique de l’OuestLas Maravillas de Mali à Cuba et la Orquesta Aragón en Afrique. Dans l'analyse, on peut lire:

Fondé sur des recherches de terrain et la consultation d’archives au Mali et à Cuba, cet article analyse les enjeux politiques et musicaux que révèlent les jeux d’aller-retour et les déplacements transcontinentaux de musiciens maliens et cubains à l’aune des nouveaux échanges culturels amorcés entre Cuba et les pays africains après les indépendances. Prenant pour objet d’étude la présence de l’orchestre Las Maravillas de Mali à Cuba et les tournées de la Orquesta Aragón en Afrique de l’Ouest, plusieurs strates de circulations musicales à travers l’Atlantique sont mises au jour. Cet article aborde le rôle de dynamiques politiques particulières dans l’histoire d’une globalisation musicale transatlantique.

Le site sénégalais rewmi.com reprend un article publié par Walf fadjri sous le titre Coopération culturelle entre Cuba et l’Afrique : La salsa comme trait d’union entre deux peuples, présentant les objectifs d'une mission cubaine qui a visité en juin 2008 plusieurs pays ouest-africains sous la conduite du Vice-ministre de la Culture de Cuba et Président de l’Institut cubain de musique, Abel Acosta Damas:

La délégation cubaine convie les artistes sénégalais et africains à participer à la fête annuelle de la musique cubaine dénommée Cubadisco prévue du 17 au 25 juin 2008 à La Havane. Cet événement, dédié pour sa douzième édition au continent africain, sera un espace théorique de réflexion sur la culture musicale et les influences occidentales. Pour la journée d’inauguration de cette fête à laquelle quinze pays ont confirmé leur participation, les artistes africains seront invités à faire des prestations au côté de leurs homologues cubains. …

Selon Abel Acosta Damas, la musique cubaine a une origine noire du fait de la Traite négrière. Ce qui fait que les cultures cubaine et africaine ont beaucoup de similitudes par le biais de cette histoire commune….

Après la Côte d’Ivoire et le Mali, Abel Acosta Damas doit quitter le Sénégal ce soir pour la dernière étape de sa tournée sous-régionale, Guinée Conakry.

Dans la vidéo ci-dessous, le Président guinéen Alpha Condé danse la salsa avec l'ambassadrice de Cuba, à un diner officiel aux rythmes de l'orchestre Aragon en janvier 2014 à Conakry.

Les relations culturelles avec la Guinée sont parmi les plus anciennes en Afrique subsaharienne, à cause de l'orientation commune entre les deux régimes au pouvoir dans les deux pays. La Guinée a été le deuxième pays du continent à établir des relations diplomatiques avec Cuba

En 2014, pendant que l'orchestre Aragon visitait la Guinée, en faisant danser entre autre le Prof. Alpha Condé, l’Orchestre féminin de la Gendarmerie de Guinée, appelé maintenant les Amazones de Guinée visitait Cuba, visitait Cuba. Le site guineeconakry.info donne des détails:

Elles se sont ensuite produites, mardi 15 avril à 18h, en co-animation féerique avec un merveilleux orchestre féminin cubain, “*Morena son*” à la Casa de la Trova à Santiago  de Cuba, lieu emblématique de la musique traditionnelle, où sont passés entre autres le trio Matamoros, Pepe Sanchez, Ñico Saquito, Eliades Ochoa, Compay Secundo, qui sont d'ailleurs originaires de cette région.

Enfin, le mercredi 16 avril 2014, elles ont livré leur dernière prestation, toujours avec la même vivacité, au café du theater Heredia, pour la clôture de la XIIIème Conférence internationale de la culture africaine et afro-américaine.

Même à l'extérieur du continent l'orchestre Aragon et les musiciens africains ont participé ensemble à des culturelles. C'est ainsi qu'ils ont participé ensemble à Montréal à la 30ème édition du Festival International Nuits d’Afrique. “Pendant 13 jours de festivités, du 12 au 24 juillet, plus de 700 artistes venus de 35 pays se sont produits dans six salles du centre-ville et sur deux scènes de concerts gratuits au Parterre du Quartier des spectacles”.

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