Les droits numériques en Afrique sont encore loin de l'Internet libre que nous appelons de nos vœux

Quatre membres de l'équipe Afrique subsaharienne lors du sommet Global Voices à Colombo en 2017.

Quelques contributeurs et contributrices d'Afrique subsaharienne lors du Sommet Global Voices 2017 à Colombo, Sri Lanka. Image de Raphael Tsavkko Garcia, 3 décembre 2017, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens mènent vers des sites en anglais.]

La Journée internationale de l'accès universel à l'information (IDUAI), organisée le 28 septembre à l’initiative [fr] de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), est un rappel annuel des droits de toute personne d'accéder à l'information.

Cela est particulièrement important en Afrique, où l'accès numérique à l'information est caractérisé par une fiscalité excessive, des coupures d'Internet et l'emprisonnement de militants.

En outre, la situation épouvantable de la liberté en ligne et des droits numériques sur le continent a été exacerbée par la pandémie COVID-19.

La pandémie # COVID19 s'est prêtée aux systèmes de surveillance. Pour beaucoup de personnes en Afrique, alors même que le bilan des décès dus à la maladie diminue, les gouvernements ont exploité la crise de santé publique avec des actions institutionnalisées et permanentes qui renforcent encore leur pouvoir.

À la lumière de ce qui précède, certains contributeurs de Global Voices (GV) d'Afrique subsaharienne ont récemment discuté de l'avenir de la liberté sur Internet dans le cadre de leur contribution au Forum sur la liberté d'Internet en Afrique 2020 (#FIFAfrica20), organisé par le projet Collaboration sur la politique internationale des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour l'Afrique orientale et australe (CIPESA).

Dans de courtes vidéos (en anglais sans sous-titrage) compilées par Faaris Adam (Somalie), huit contributeurs et contributrices de six pays africains ont exprimé leur point de vue : Adéṣinà Ayeni (Nigéria), Adetomiwa Isiaka (Nigéria), Baraka Providence (République démocratique du Congo), Daniel Ekonde (Cameroun), James Propa (Ouganda), Khattab Hamad (Soudan), Mark Neywon Mengonfia (Libéria) et Nwachukwu Egbunike (responsable de la rédaction régionale Afrique sub-saharienne pour Global Voices).

Les journalistes de la rédaction régionale Afrique subsaharienne ont identifié sept problèmes qui façonneront probablement l'avenir de la liberté d'Internet et des droits numériques en Afrique. 

Taux de pénétration d'Internet lamentable en Afrique

En mars 2020, les 527 millions d'utilisateurs d'Internet en Afrique étaient comme une goutte d'eau dans l'océan d'environ 5,8 milliards d'utilisateurs mondiaux. Le taux de pénétration d'Internet de 39 % en Afrique est en deçà de la moyenne mondiale de 59 % et de 63 % dans le reste du monde, selon Internet World Stats.

Ainsi, un pays comme le Libéria, avec une population de 4,5 millions d'habitants, enregistre le chiffre dérisoire de 624 610 internautes, avec un faible taux de pénétration d'Internet, à 12,3 %. Par conséquent, le “gouvernement libérien et l'Union africaine” doivent travailler assidûment pour amener Internet “dans des endroits reculés”, estime Mark Neywon Mengonfia.

Coupures d'Internet

En 2007, la Guinée est devenue le premier pays d'Afrique subsaharienne à désactiver Internet lors des manifestations contre l'ancien président Lansana Conté. 

Depuis lors, les coupures d'Internet en Afrique sont devenues la norme lors de bouleversements politiques ou de périodes d'incertitude.

Daniel Ekonde, du Cameroun, affirme que les gouvernements africains resserrent de plus en plus leur emprise sur Internet. Par conséquent, l'espace numérique libre de “l'ingérence ou de la surveillance du gouvernement ou de l'émasculation des droits de divers internautes africains”, se rétrécit chaque jour un peu plus, selon Nwachukwu Egbunike, du Nigéria.

Par exemple, il y a “des interruptions répétées d'Internet chaque fois qu'il y a des manifestations” en Éthiopie. La même chose se produit au “Cameroun, où Internet est manipulé lorsque des manifestations sont annoncées”, a déclaré M. Ekonde.

Néanmoins, Khattab Hamad, du Soudan, estime qu'il est toujours possible “d'imaginer un avenir en Afrique sans coupures d'Internet et sans violations des droits numériques”. Cependant, il estime que cela dépend de trois facteurs, qui rendraient difficiles de futures coupures d'Internet :

First, a law that enshrines network neutrality so that the internet remains free and open, including during political crises; second, a law that criminalizes the denial of internet access; and third, a law to prevent violations of users’ privacy and personal data.

Premièrement, une loi qui consacre la neutralité du réseau afin que l'Internet reste libre et ouvert, y compris pendant les crises politiques ; deuxièmement, une loi qui criminalise le refus d'accès à Internet ; et troisièmement, une loi pour empêcher les violations de la vie privée et des données personnelles des utilisateurs.

Législation pour promouvoir les droits numériques en Afrique

La législation doit non seulement limiter les coupures d'Internet, mais en outre promouvoir les droits numériques. 

James Propa, un contributeur ougandais, envisage un avenir où “les plates-formes de communication, d'éducation et numériques” en Afrique ne seront pas “fortement taxées ou tarifées”, empêchant ainsi “tant de jeunes de les utiliser”.

Cela va à l'encontre de la situation qui prévaut sur le continent où “nous avons une législation qui ne fait que soutenir les dirigeants dans leur quête de maintien au pouvoir ou d'enrichissement ou encore de bénéfices personnels”, affirme M. Propa.

En outre, ces lois devraient être proactives. Adetomiwa Isiaka, du Nigéria, propose des dispositions constitutionnelles qui garantissent que les “droits numériques” bénéficient d'une accessibilité universelle de la même manière que “le droit à une éducation gratuite et accessible”. Ce but peut être atteint en rendant l'accès numérique “obligatoire pour tout le monde dans le pays”, a-t-elle ajouté.

Inclusion numérique des langues africaines

Un échantillon représentatif des contributeurs et contributrices d'Afrique subsaharienne au Sommet des médias citoyens de Global Voices, qui s'est tenu en 2012 à Nairobi (Kenya). Photo de www.viajesyrelatos.com, 3 juillet, 2012, sous licence CC BY-NC-SA 2.0.

Le swahili - l’une des langues officielles de l’Union africaine – est la langue la plus parlée sur le continent. De même, le yorùbá compte 30 millions de locuteurs dans le sud-ouest du Nigéria et dans les pays voisins d'Afrique de l'Ouest.

Cependant, le swahili et le yorùbá, comme la plupart des langues africaines, sont non seulement relégués à l'arrière-plan sur Internet, mais également invisibles dans les espaces numériques.

Par conséquent, Adéṣinà Ayeni du Nigéria veut un Internet véritablement “multilingue” qui soit “accessible dans les langues africaines”. Il pense qu'il est de son droit d'écrire son nom “en langue yorùbá avec les signes diacritiques, qui sont les marques tonales”. Mais il ne peut pas le faire car ce message : “Erreur, les caractères ne sont pas reconnus” continue de s'afficher. Cela “ne devrait pas être le cas”, déplore M. Ayeni.

Contenu préjudiciable en ligne : double responsabilité des internautes et des entreprises technologiques

Les contenus préjudiciables comme la désinformation et les informations erronées, ou les discours de haine ethnique, sont de plus en plus instrumentalisés sur les plateformes numériques pour faire taire les critiques ou marginaliser les voix dissidentes.

M. Ekonde soutient que les internautes devraient être plus “responsables” vis-à-vis du contenu qu'ils partagent sur les plateformes numériques et s'abstenir de “propager de fausses nouvelles et des discours de haine ciblant les gens sur les réseaux sociaux”. Selon lui, cela “améliorerait” considérablement les droits numériques sur le continent.

En outre, les entreprises et les plateformes technologiques doivent modérer les comportements nuisibles en ligne tels que le cyber-harcèlement et le trolling qui ne sont généralement pas signalés dans les langues minoritaires.

M. Egbunike pense que les entreprises de technologie devraient “en fait assumer l'entière responsabilité de la modération du contenu” plutôt que le scénario dominant de “faire des déclarations du bout des lèvres sur les problèmes découlant de leurs plateformes numériques dans les différents pays du continent”.

Respect des droits numériques

Malgré tous les obstacles, Baraka Providence, de la République démocratique du Congo, affirme que l'Afrique s'oriente vers une ère numérique qui promet un avenir radieux pour la liberté d'Internet et les droits numériques. 

Néanmoins, M. Providence insiste sur le fait que la transformation numérique de l'Afrique doit être “humaniste” en réduisant “les inégalités entre les personnes” qui prévalent actuellement. Cet objectif sera atteint en veillant à ce que les politiques technologiques ne se transforment pas en “barrières à l’accès, à l’accessibilité et à l’inclusion des minorités”.

Mais plus important encore, la transformation technologique du continent ne pourra jamais se faire “aux dépens des droits numériques”, prévient M. Providence.

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