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Netizen Report : des journalistes pris pour cible au Cambodge, à Cuba et ailleurs

Un kiosque à journaux sert d'enseigne au journal indépendant The Citizen à Dar Es Salaam, en Tanzanie. Photo de Adam Jones via Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le Netizen Report de Global Voices Advox offre un aperçu des défis à relever, des victoires obtenues et des tendances émergentes en matière de technologie et de droits humains dans le monde. Cette édition couvre des informations et événements qui concernent la période du 20 juillet au 9 août 2019. Sauf mention contraire, les liens renvoient à des pages en anglais.

Les journalistes exerçant leur métier en ligne à travers le monde font bien trop souvent l'objet de menaces judiciaires. Si les gouvernants lancent parfois des poursuites en réaction directe à une de leurs publications, il arrive qu'ils intentent une action pénale à leur encontre ou les accusent de torts sans lien apparent avec leur travail, pour évasion fiscale par exemple. En voici des illustrations récentes, de Cuba au Cambodge et au-delà.

Des journalistes cambodgiens accusés d'espionnage

Le 25 juillet s'est ouvert le procès de deux journalistes cambodgiens arrêtés en 2017 et accusés d'espionnage. Uon Chhin et Yeang Sothearin travaillaient pour Radio Free Asia (RFA), un média financé par le gouvernement américain qui avait quitté le pays juste avant les arrestations, en raison des pressions croissantes exercées contre les médias au Cambodge. Les deux hommes sont restés en détention durant neuf mois avant d'être libérés sous caution avec interdiction de voyager.

La plupart des éléments de preuve présentés par l'État lors du procès des journalistes provenaient des ordinateurs et téléphones portables confisqués à Uon Chhin lors de son arrestation. Le parquet a insisté sur le fait que les deux journalistes avaient continué à envoyer des informations et des vidéos à RFA, malgré la cessation formelle de leurs fonctions au sein de l'organisation.

Des journalistes cubains détenus et menacés d'expulsion de leur université

Un journaliste et un photographe de Periodismo de Barrio [es], un média en ligne indépendant basé à La Havane et partenaire de Global Voices, ont été arrêtés dans la région de Holgùn par la police [es] qui prétextait enquêter sur un vol commis à proximité. Les deux journalistes ont été conduits au poste de police le plus proche et interrogés non pas sur le vol, mais sur leur travail. La police a également confisqué leurs ordinateurs et appareils photo et effacé plusieurs de leurs fichiers.

Les journalistes ont par la suite rapporté que les agents de police leur avaient signifié qu'ils n'étaient pas autorisés à travailler dans la région et que leurs activités « fournissaient des munitions à l'ennemi ». Ils ont menacé d'expulsion le photographe, étudiant à l'Université de La Havane.

Ce cas, loin d'être isolé, illustre bien le sort des journalistes de médias indépendants à Cuba, confrontés à des interrogatoires et des menaces de la police au sujet de leur accréditation journalistique. Les médias en ligne cubains subissent des pressions supplémentaires de l'État depuis le début du mois de juillet, suite à la publication d'un décret [fr] interdisant aux citoyens cubains l'hébergement de leurs sites Internet en dehors du pays. Or, la quasi-totalité des sites d'information et des blogs locaux utilisent des services d'hébergement étrangers, le seul fournisseur d'accès à Internet de Cuba (appartenant à l'État) n'autorisant pas les publications des « médias d'informations ».

Les autorités bulgares ciblent le rédacteur en chef d'un site de journalisme d'investigation dans une affaire de piratage informatique

Le gouvernement bulgare a émis une décision d'enquête européenne à l'encontre d'Atanas Tchobanov, rédacteur en chef de Bivol Bulgaria, un média d'investigation en ligne. La décision établit un lien entre M. Tchobanov et une affaire de criminalité informatique en cours, dont il dit n'avoir aucune connaissance.

En 2018, les journalistes de Bivol Bulgaria ont mis au jour plusieurs cas de corruption, dont l'un concerne l'acquisition à moitié prix d'une villa cossue par le procureur général. Le 1er août 2019, le chef de l'organisme de lutte contre la corruption de la Bulgarie démissionnait à la suite du reportage de Bivol.

Un journaliste tanzanien emprisonné sous prétexte d'évasion fiscale

Le 29 juillet dernier, la police a enlevé de force [fr] le journaliste Erick Kabendera alors qu'il se trouvait à son domicile à Dar es Salam, en Tanzanie, et l'a placé en garde à vue. Selon la police, M. Kabendera n'aurait pas répondu à une convocation visant à l'interroger sur le statut de sa citoyenneté tanzanienne.

Le 5 août, les autorités ont changé de stratégie et décidé d'accuser Erick Kabendera de blanchiment d'argent, de fraude fiscale et d'escroquerie. M. Kabendera a par le passé critiqué l’administration du Président John Magufuli et s'est souvent prononcé en faveur de la liberté de la presse. Il a couvert la vie politique tanzanienne mouvementée pour des titres de presse locaux et internationaux tels que The Guardian, African Arguments et The East African.

Une féministe ougandaise ayant critiqué le président condamnée pour cyber-harcèlement

La chercheuse féministe de renom Stella Nyanzi a été reconnue coupable de cyber-harcèlement pour un poème écrit en 2018 critiquant le président ougandais Yoweri Museveni. Le 2 août, un tribunal de Kampala a condamné Mme Nyanzi à 18 mois de prison pour cyber-harcèlement, en vertu de la Loi sur l'utilisation abusive de l'informatique (Computer Misuse Act). Stella Nyanzi, connue pour son usage de « l'insolence radicale » en tant que mode de contestation politique, attendait la tenue de son procès en prison depuis neuf mois suite à la publication de son poème, qui contient plusieurs références explicites au vagin de la mère décédée du président Museveni.

Un Youtubeur indonésien censuré pour contenu « vulgaire »

YouTube a censuré localement ou « géo-bloqué » trois vidéos produites par le célèbre vlogueur de jeux vidéos Kimi Hime, en réponse à une demande de retrait formulée par le ministère indonésien de l'informatique. Ce dernier estime que les vidéos violent la Loi sur l'information et les transactions électroniques, qualifiée d'outil de censure par ses détracteurs. Par conséquent YouTube, qui appartient à Google, a géo-bloqué les vidéos. L'entreprise américaine explique qu'en principe, pour bloquer un contenu localement, elle exige du gouvernement la présentation d'une ordonnance du tribunal, mais dans ce cas précis, une ordonnance du ministère semble avoir suffi.

En Éthiopie, la désinformation s'engouffre dans l'espace nouvellement créé par l'ouverture d'internet

Dans le cadre de ses réformes démocratiques, le gouvernement relativement récent d'Éthiopie a cessé [fr]] de bloquer les sites Internet des groupes d'opposition de sa diaspora et a mis fin au filtrage à caractère politique des contenus qui était en vigueur depuis des années. Seulement, en l'absence d'institutions médiatiques locales établies, Facebook est devenu la principale source d'informations pour les internautes éthiopiens. « A chaque événement politique, une nouvelle série d'émissions fait son apparition », écrit Endalk Chala, spécialiste d'études des médias.

Formerly fringe Ethiopian social media figures have benefited from Ethiopia’s new opening. They are mostly diaspora-based monologuists broadcasting from their living rooms, complaining vigorously about the Ethiopian government, and attacking each other. Facebook is their headquarters […]

Many of these content creators share inaccurate and blatantly false reporting. They run Facebook pages populated by people who share similar political views, hardening political differences by creating echo chambers, information-cascade and filter bubble effects among Ethiopia’s diverse ethnolinguistic groups.

Autrefois marginalisées, les grandes figures des médias sociaux éthiopiens profitent de la nouvelle ouverture du pays. La plupart de ces adeptes du monologue, basés à l'étranger, émettent depuis leur salon, se plaignant vigoureusement du gouvernement éthiopien, et s'attaquant entre eux. Facebook est leur terrain de jeu […]

Plusieurs de ces créateurs de contenus partagent des informations inexactes, voire carrément fausses. Ils gèrent des pages Facebook suivies par des gens acquis à leurs causes, ce qui durcit les clivages politiques en créant des chambres de résonance, des effet de cascades d'informations et de bulles de filtres [fr] parmi les divers groupes ethnolinguistiques que compte l'Éthiopie.

La série de fusillades aux États-Unis déclenche des appels à la censure

La protection juridique de la liberté d'expression et la compétence des entreprises numériques à modérer l'activité de leurs utilisateurs sont au centre des préoccupations cette semaine aux États-Unis, à la suite de plusieurs fusillades de masse qui avaient été annoncées par leurs auteurs sur la plateforme numérique 8chan.

Ce site [fr], un forum fortement associé à l'activisme haineux et la pédopornographie, est en difficulté depuis le 4 août dernier, lorsque l'entreprise de protection contre les attaques par déni de service [fr] CloudFlare a spontanément décidé de mettre fin à ses services pour 8chan, le laissant à la merci d'attaques potentielles. Cet acte, ainsi que le défi plus large de la réponse aux discours violents dans un pays comme les États-Unis, où la liberté d'expression est poussée à son paroxysme, a fait l'objet de vives discussions parmi les experts et les législateurs.

Amazon aide les services de police américains à conduire des surveillances sans mandat

Le blog Motherboard de VICE a révélé qu'au moins deux cent services de police aux États-Unis collaboraient avec Amazon pour promouvoir son matériel de surveillance ainsi que son application de surveillance du voisinage, Ring. L'application Ring permet à la police de collecter facilement auprès des résidents les enregistrements des caméras de leur sonnette d'entrée. Le consentement des résidents est requis avant que la police ne puisse obtenir la vidéo, mais cette dernière n'est pas obligée de demander ou de présenter un mandat pour cela.

Dans le cadre de certains de ces partenariats, les agents de police qui encouragent les habitants à acquérir et installer les caméras Ring (de petites caméras de surveillance reliées à un cloud et fixées sur les portes d'entrée ou les sonnettes) bénéficient de remises sur les produits Ring. L'un de ces accords, signé avec les services de police de l'État de Floride, a été résilié après la sortie de l'article de Motherboard.

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