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Des manifestations, des coupures d’internet et un peu de biryani : l'année 2019 en Asie du Sud

On March 8, 2019, International Women’s Day, women took to the streets in all four provinces of Pakistan to protest against patriarchy. Image by Shaheena Kausar via Aurat March Lahore. Used with permission.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes le 8 mars 2019, les femmes ont manifesté contre le patriarcat dans les rues des quatre provinces du Pakistan. Photo de Shaheena Kausar via Aurat March Lahore. Utilisée avec autorisation.

Découvrez quelques uns des articles produits par l’équipe de Global Voices en Asie du Sud en 2019. Nous remercions nos contributeurs, éditeurs et traducteurs qui s’emploient résolument à partager ces publications.

2019 a été une année tumultueuse en Asie du Sud.

En Inde, les élections se sont soldées [en] par une nouvelle victoire du Premier ministre Narendra Modi et de son parti le BJP. Au Sri Lanka, c’est l’ancien chef de l’armée Gotabaya Rajapaksa qui a remporté [en] les élections présidentielles.

Le mois de février a été marqué par une montée des tensions entre l’Inde et le Pakistan, après la mort de 46 soldats [en] dans un attentat terroriste au Cachemire. La guerre a failli éclater entre les deux pays suite à des manœuvres de représailles réciproques.

Une série d’attentats à la bombe a tué des centaines de personnes au Sri Lanka, durant la messe du dimanche de Pâques le 21 avril 2019. La situation s’est encore aggravée avec des attaques contre les musulmans. Celles-ci ont ravivé les tensions et distillé la peur au sein de la population locale.

La flambée du prix de l’oignon a perturbé la vie politique locale de pays tels que l’Inde et le Bangladesh.

Nos articles ont en grande partie souligné l’importance des manifestations et des coupures d’internet dans la région au cours de l'année 2019.

Une année de manifestations

En Inde, de plus en plus de manifestants dénoncent le nouvel amendement de la loi sur la citoyenneté (CAA ou Citizenship Amendment Act), qui accorde des droits de citoyenneté aux réfugiés et immigrants non-musulmans venant des pays voisins que sont l’Afghanistan, le Pakistan et le Bangladesh. Ils dénoncent aussi la proposition de loi visant à étendre le Registre national des citoyens (NRC ou National Register of Citizens) à l’échelle du pays. Selon les manifestants, ces deux textes contribuent à la stigmatisation des musulmans.

Une foule immense s’apprête à passer par l’isoloir pour la deuxième phase de vote des élections de l’Assemblée d’Assam à Rupahi dans le district de Nagaon (État d’Assam) le 10 avril 2006. Image de Public.Resource.Org via Flickr. CC BY 2.0.

Les autorités indiennes ont ordonné [en] la répression des manifestants, des couvre-feux stricts ont été imposés et internet a été coupé façon arbitraire. Parallèlement, les politiques haineuses sous-jacentes au projet d'amendement ne cessent [en] d’accentuer les divisions.

Le 29 novembre, des « Marches de solidarité étudiante » ont eu lieu à travers le Pakistan [en]. Les manifestants réclamaient la création de syndicats étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur.

Widely used poster by PRSF Islamabad-Rawalpindi

Une affiche largement utilisée par le PRSF Islamabad-Rawalpindi.

Au même moment, les nombreux manifestants de la « Marche Azadi », ou « marche pour la liberté » organisée par la Jamiat Ulema-i-Islam (Fazal) et des partis de l’opposition exigeaient [en] la démission du Premier ministre Imran Khan et la dissolution des assemblées.

Au Bangladesh, une mobilisation populaire [en] sur internet et dans les rues a été organisée en juillet dernier. Les manifestants s’opposaient à une proposition de taxe sur les serviettes hygiéniques.

À Dhaka, capitale du Bangladesh, les conducteurs de cyclo-pousses et quelques usagers ont manifesté contre une mesure d’interdiction de ces véhicules visant à réduire les embouteillages. Les conducteurs de cyclo-pousses ont souligné le fait qu'en l’absence de programme de revenu alternatif ou compensatoire, leur gagne-pain était menacé.

Des cyclo-pousses circulant à Dhaka. Image de Sandro Lacarbona via Flickr. CC BY-NC-ND 2.0

À Colombo, la journée sans voitures semble être une idée pertinente d’un point de vue environnemental, mais elle a suscité de nombreuses réactions [en] sur internet.

Circulation en fin de journée à Wellawatte, Colombo. Image de Nazly via Flickr. CC BY-NC-ND 2.0

Des coupures d’internet récurrentes

Les autorités ont régulièrement coupé l’accès à internet pendant les épisodes de crise afin de museler les manifestants et de désamorcer les tensions politiques.

De façon sporadique, l’Inde a imposé des coupures temporaires de tous les services internet mobiles pendant les situations d’urgence, les insurrections politiques et les catastrophes naturelles. Pour la seule année 2018, l’organisation Software Freedom Law Centre (SFLC) [en], basée à New Delhi a recensé 65 coupures d’internet mobile dans le Jammu-et-Cachemire, un État sous autorité indienne.

Carte montrant les coupures d’internet en Inde de janvier 2010 à mars 2017. Création de la National Law University Delhi (NLU Delhi) et du Center for Communication Governance (CC BY)

Néanmoins, la plus grande démocratie du monde a connu en 2019 le plus grand nombre de coupures d’internet avec près de 1 000 cas observés.

Le 5 août, l’Inde a révoqué l’article 370 de la Constitution qui accordait un statut spécial à l’État contesté du Jammu-et-Cachemire, dans le nord-ouest du pays. Par peur des troubles sociaux, les autorités indiennes ont assigné à résidence des centaines de leaders politiques ainsi que leurs alliés. Elles ont également bloqué leur accès aux réseaux de téléphonie mobile et fixe et leur accès à internet.

An Indian paramilitary soldier stands alert in Srinagar after administration imposed curfew in parts of Kashmir valley. Image published on May 25, 2019. Via Instagram account of Ieshan Wani. Used with permission.

Un officier paramilitaire indien monte la garde à Srinagar après l’imposition d’un couvre-feu dans une partie de la vallée du Cachemire. Image publiée le 25 mai 2019 via le compte Instagram de Leshan Wani. Utilisée avec autorisation.

Lire notre édition spéciale : Indian Kashmir's crisis [en]

En octobre, les autorités ont rétabli partiellement [en] l’accès aux réseaux de communication au Cachemire. Internet est revenu progressivement mais uniquement dans des endroits précis. À l’heure où nous rédigeons cet article, on ne peut toujours pas accéder à internet au Cachemire, ce qui en fait la plus longue coupure d’internet dans un pays soit-disant démocratique.

Le Pakistan, le Bangladesh et même le Sri Lanka ont connu de nombreuses coupures d’internet.

En réaction aux tragiques attentats terroristes du Lundi de Pâques en avril dernier, le gouvernement srilankais a pris une mesure exceptionnelle consistant à bloquer de manière préventive une série de réseaux sociaux.

En outre, en 2019, le gouvernement bangladais a à plusieurs reprises coupé l’accès à internet [en] dans les camps de réfugiés rohingyas.

Des enfants dans des camps de réfugiés rohingyas à Cox’s Bazar. Image de Mohammad Tauheed via Flickr. CC BY-NC 2.0

Des médias sous pression au Pakistan

Au Pakistan, la presse a été la cible de censure et de menaces en ligne tout au long de l’année. Des journalistes pakistanais ont dû faire face à des attaques violentes, à des menaces, à des licenciements, à des retards de versement de salaire, à la censure et au boycott de certaines chaînes de télévision.

Capture d’écran d’une vidéo postée sur Youtube par Naya Daur.

De plus, des « cyber-justiciers » nationalistes autoproclamés ont ciblé les journalistes critiquant le gouvernement.

Une étude [en] menée par Reporters sans frontières (RSF) en partenariat avec Freedom Network a aussi démontré que la concentration des médias dans les mains de quelques pakistanais a mené à une hausse du niveau de censure et à une baisse des normes journalistiques.

Une année de censure et de répression

En février, le gouvernement bangladais a ciblé la plus grande plateforme de blogging bengalie du monde en bloquant 20 000 sites, dont Google Books [en], afin de lutter contre la pornographie. La plateforme a été débloquée [en] au bout de huit mois.

En réaction, l’autorité bangladaise de régulation des télécommunications s’est hâtée de bloquer la page internet d’une université d’ingénierie. Celles-ci contenait des rapports d’abus subis par des étudiants.

Poet Henry Swaopon and Lawyer Imtiaz Mahmood.

Le poète Henry Swaopon et l’avocat Imtiaz Mahmood. Juxtaposition de photos populaires sur les réseaux sociaux.

Entre-temps, des contenus publiés [en] sur Facebook ont déclenché plusieurs arrestations au Bangladesh en 2019 à cause de la loi controversée sur la sécurité numérique (Digital Security Act), qui criminalise plusieurs types de discours en ligne. Les autorités ont souvent prétexté que les arrestations effectuées dans le cadre de la lutte anti-cybercriminalité permettaient de contrer les « infox » ou les déclarations « heurtant les croyances religieuses » [en].

En octobre, les forces de sécurité ont pris d’assaut la deuxième édition de la Biennale de Karachi (Karachi Biennale 2019) et ont ordonné l’arrêt [en] d’une exposition artistique du sculpteur pakistanais Adeela Suleman intitulée « Killing Fields of Karachi » (Les champs de la mort de Karachi), qui dévoilait les 444 exécutions extrajudiciaires qui auraient été commises par l’officier de police Rao Anwar.

Un père attendant une décision de justice. Capture d’écran tirée du documentaire : « The Killing Fields of Karachi » (Les champs mortels de Karachi), réalisé par l’artiste pakistanais Adeela Suleman.

En avril, le gouvernement indien a interdit [en] l’application chinoise TikTok qui « dégraderait la culture et encouragerait la pornographie ». Néanmoins, de nombreux utilisateurs affirment [en] que cette interdiction nuit à la liberté d’expression.

L’exécution extrajudiciaire de quatre personnes accusées de viol en Inde a lancé un débat houleux entre ceux qui se réjouissent du contournement d’une justice jugée trop lente et ceux qui considèrent qu’il s’agit d’un mauvais précédent.

Des citoyens qui résistent

Dans la petite ville côtière [en] de Cox’s Bazar, dans le sud-est du Bangladesh, les filles défient les tabous sociaux et culturels en apprenant à surfer.

Sakia Haque

Sakia Haque et son équipe voyagent plus souvent à moto que ne le font la plupart des touristes ; elles parlent de la santé sexuelle, des défis de l’adolescence et de l’émancipation des femmes avec les filles de la région. Crédit image : Sakia Haque. Utilisée avec autorisation.

À Calcutta en Inde, les filles musulmanes jouent au football afin de lutter contre le patriarcat et les violences conjugales et d’empêcher les mariages d’enfants.

Au Bhoutan, l’Assemblée nationale a franchi une première étape historique dans le processus de décriminalisation de ce que le pays qualifie de « sexualité anormale ». Ce terme inclut les pratiques homosexuelles. La communauté LGBTQ+ bhoutanaise a salué la décision de la chambre basse du Parlement.

En juin, des militants népalais ont marché dans les rues à l’occasion du Mois international des fiertés.

Participants à la Marche des Fiertés népalaise de 2019. Photo de l’auteur.

Des préoccupations environnementales

L’urbanisation galopante et le réchauffement climatique affectent l’environnement et les moyens de subsistance de 1,5 milliard de personnes dans la région de l’Asie du Sud. Une grande partie de cette population vit encore en dessous du seuil de pauvreté.

Des seaux d’eau alignés pour être remplis pendant la crise de l’eau, à Chennai en Inde. Image de McKay Savage issue de Flickr. CC-By-2.0

À cause du retard des pluies de moisson cette année, les vagues de chaleur ont duré plus longuement dans plusieurs pays d’Asie du Sud. Le nord de l’Inde a subi de graves coupures d’eau, notamment Chennai.

Durant la première semaine de novembre, quelques villes sud-asiatiques ont dû faire face à la pollution atmosphérique et aux nuages de pollution. Ces derniers sont généralement causés par la fumée provenant des fours à briques et des usines, des feux de chaumes des agriculteurs, des pots d’échappement des véhicules et de l'incinération des déchets.

Depuis des années, Delhi, la capitale de l’Inde, est affligée d'une pollution atmosphérique très élevée. Cependant, au mois de novembre le problème des nuages de pollution a pris une autre ampleur et les citoyens ont dû faire avec la mousse toxique qui couvrait la rivière Yamuna, déjà très polluée en temps normal.

Sous les nuages de pollution, des femmes font trempette dans la rivière Yamuna recouverte de mousse toxique. Image de Nabina Chakraborty via Instagram. Utilisée avec autorisation.

L’Inde produit plus de 62 millions de tonnes de déchets par an et l’enfouissement des ordures constitue la troisième cause d’émission de gaz à effet de serre. À l’image d’Afroz Shah, les militants écologistes luttent [en] pour l’élimination des déchets et la réduction de l’empreinte carbone.

Les autorités ne font pas assez d’efforts [en] pour protéger les forêts et les arbres [en].

Toutefois, on peut noter un point positif. Les organisations de jeunes et les startups indiennes intensifient leurs actions afin de sensibiliser l’opinion sur le changement climatique tout en offrant des solutions plus écologiques.

Les effets du changement climatique, cumulés aux pluies intermittentes, aux situations météorologiques inhabituelles et au manque de propreté ont contribué à la propagation du virus de la dengue dans plusieurs pays sud-asiatiques, dont le Bangladesh. Alors que le gouvernement a été accusé de passivité face la crise sanitaire, la population s'est tournée vers les médias sociaux [en] afin de sensibiliser davantage l’opinion et d'aider les victimes.

Pêche traditionnelle au Bangladesh. Image de Michael Foley via Wikipédia. Banque mondiale. CC BY 3.0

Au Bangladesh, l’interdiction de pêcher du poisson pendant deux mois en vue d’augmenter le stock halieutique a été mal perçue par les pêcheurs locaux, qui ont manifesté contre cette mesure. Cela a suscité un débat entre les partisans de la conservation et les défenseurs des droits collectifs.

Le biryani : une recette qui a suscité notre intérêt

Le biryani, une des recettes de base de la cuisine pakistanaise. Image de Faizan Ashraf. CC BY-NC-ND 2.0

Nous avons observé avec des collaborateurs régionaux la façon dont est perçu ce plat typique de la cuisine sud-asiatique ainsi que ses variantes dans différents pays. Dans un article, nous sommes partis sur les traces des origines du biryani [en] et nous avons appris qu’il était considéré comme la recette de base du sous-continent indien.

Une question revient souvent lorsque l'on évoque cette recette très populaire au Pakistan : « Le biryani est-il le plat national du pays ? [en] ».

Nous espérons vous faire découvrir d’autres articles sur le byriani et l’Asie du Sud en 2020.

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